Paule Amblard : UN PÈLERINAGE INTÉRIEUR

UN PÈLERINAGE INTÉRIEUR 
Paule Amblard
Albin Michel, 2017, 276 p.

Voilà un livre étonnant car il est un support remarquable pour des méditations en miroir. Il retrace la démarche d’une jeune femme qui interprète un manuscrit du XIVe siècle et nous fait participer à ses interrogations intérieures. Elle illustre ainsi par son comportement la citation introductive du manuscrit :
« Lecteur, fais attention, toi qui vas lire ce livre.
À la fin de l’ouvrage, tu ne seras plus le même. »
Décrivons-en de façon brève les différents niveaux.
1- Le niveau d’un récit
Le fondement en est la présentation de la quête d’un pèlerin dont le but est de trouver la clef qui permet d’accéder à une forteresse. Malheureusement, à une bifurcation de sa route, le pèlerin néglige le chemin de l’effort sur soi-même et choisit la voie de la facilité et de l’inconscience. Ce choix l’entraîne dans de nombreuses tribulations, avec notamment une lutte contre les vices : paresse, orgueil, gloutonnerie, luxure,..,
Dans cette aventure, il recevra l’aide de Grâce de Dieu, son Ange gardien, accompagnée de deux autres femmes, Conscience et Mémoire. Et c’est seulement à la fin de sa vie qu’il pourra pénétrer dans la forteresse.
2- Le niveau du manuscrit
Il s’agit d’un document, conçu par Guillaume de Digulleville (1295-1360), poète et moine cistercien, et ayant pour titre « Le pèlerinage de la vie humaine ». Il comprend plus d’une centaine d’enluminures ainsi que des textes sous forme de poèmes calligraphiés en écriture gothique. Ce manuscrit se trouve à la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, dont il en est l’un des fleurons. Nous retrouvons la trace du moine Guillaume, non seulement dans l’intention d’enseignement dont témoigne ce manuscrit, mais aussi dans son insertion directe dans des propos du texte ou dans certaines des images où il figure.
3- Le niveau de l’héroïne
À travers ses difficultés de compréhension du manuscrit, cette jeune femme, qui prépare un mémoire universitaire en histoire de l’art, va nous associer aux événements clefs de son passé et se livrer ainsi à une forme de psychanalyse. Elle est accompagnée par son vieil ami Jean, un ancien psychothérapeute, et elle est soutenue par la conservatrice de la bibliothèque dont l’intérêt pour la démarche de cette étudiante se traduit par des commentaires souvent naïfs mais toujours pénétrants. En fait ce niveau de l’héroïne se présente en miroir à celui du récit qui décrit la quête du pèlerin.
4- Au niveau de l’auteur du livre et du lecteur
ll est difficile de connaître la part d’autobiographie contenue dans ce livre. Par contre il est certain que Paule Amblard invite le lecteur à une quête spirituelle en lien avec le voyage du pèlerin. Cette transposition constitue d’ailleurs l’une des difficultés de cet ouvrage, car elle nécessite une mise en harmonie du temps entre lecture et méditation sur soi-même.
En matière de difficultés enrichissantes, citons encore le recours accentué à une symbolique d’un monde oublié. C’est par exemple la forteresse comme lieu secret de l’être. C’est aussi un enfant minuscule qui sort d’un corps sans vie comme symbole de l’âme, ou le « bourdon » du pèlerin qui constitue un bâton spirituel ; ou bien également une montagne avec un œil qui pleure comme symbole de l’esprit de compassion de Dieu.
Et, de façon générale, les images donnent à voir les valeurs symboliques par des gestes ; de même les couleurs font partie d’un langage exprimant le monde transcendant.
En résumé, Un pèlerinage intérieur est un livre dont des relectures s’imposent pour en goûter véritablement la richesse. À défaut, la quinzaine d’enluminures qui illustrent le livre constituera une bonne porte pour la mémoire.
Compte-rendu de François Perdrizet, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018