Jean Wirth : PETITE HISTOIRE DU CHRISTIANISME MÉDIÉVAL


PETITE HISTOIRE DU CHRISTIANISME MÉDIÉVAL
Jean Wirth
Labor & Fides, 2018, 195 p.,. 19 €

De cette « petite histoire » je voudrais faire ressortir les principaux aspects d’un thème qui me paraît dominer, celui de la puissance de l’Église.
Au fondement de tout je vois le pouvoir sacerdotal. Comme on sait, la société est coupée en deux, les clercs et les laïcs. Encore du temps de saint Augustin, on célébrait l’eucharistie avec l’idée que la présence du corps du Christ y était symbolique. Mais au IXe siècle tout est changé. Le corps du Christ est supposé réellement présent et c’est lui que le fidèle consomme. Dès lors, la consécration prend un caractère miraculeux, ce qui rend la sacralité du prêtre redoutable. Celui-ci procède à l’opération le dos tourné aux fidèles, se contentant de montrer l’hostie et parlant sans qu’on le comprenne. On est dans le domaine du religieux pur.
En second lieu, l’Église a la maîtrise du pouvoir intellectuel. Seuls les clercs savent lire, écrire, usent de la langue internationale de l’époque, le latin. Eux seuls savent exactement en quoi consistent les croyances chrétiennes et font la différence avec les hérésies. C’est l’époque où se fixe la bonne manière de lire l’Ancien Testament : par le recours au symbolisme. Les juifs n’ont pas compris, mais eux savent que c’est, en système codé, l’annonce de la venue du Christ. Ainsi l’adultère de David avec Bethsabée représente l’union du Christ et de l’Église, tout comme le Cantique des Cantiques ; et le pluriel Elohim est l’image de la Trinité. Le sacrifice d’Isaac préfigure celui du Christ, etc. Une attention particulière est portée sur l’histoire d’Adam et Eve. Leur péché est le moteur de l’histoire car il implique la nécessité de la rédemption pour laquelle Dieu a envoyé son Fils. Concernant celui-ci, on s’est longuement interrogé : est-il homme ? Est-il Dieu ? Il a fallu trois siècles pour admettre qu’il était les deux. C’est aussi le temps qu’il a fallu pour constituer la Trinité par le fait d’une promotion du Saint Esprit.
Le troisième pouvoir de l’Église peut être dit politique. Quand, en 418, un concile rend obligatoire le baptême des nouveau-nés, il devient clair que nul n’échappe à l’emprise de l’Église, sauf s’il est juif. Le mot évêque signifie « surveillant ». C’est bien le rôle de ces gestionnaires et organisateurs par lesquels l’Église est devenue l’administration la plus perfectionnée qu’on ait vue depuis les Romains. Quand, en 1215, est décidée la confession auriculaire obligatoire des paroissiens à chaque pâque, on peut parler d’un contrôle « policier » du peuple.
Quatrième pouvoir : la morale, avec cette originalité du christianisme de promouvoir le célibat comme une quasi noblesse. Songeons aux ordres monastiques en tout genre qui prolifèrent alors ; et puis au monopole des hommes dans le domaine du sacerdoce.
Une conséquence de tout cela est fort connue, c’est l’argent. À cette époque, il affluait vers les églises et les monastères. Il pouvait venir de messes assurées pour le salut de l’âme de tel ou tel, pour des indulgences ayant le même motif, par des prières en présence de reliques. La peur de la mort, en ce temps, rapportait... Contemplez telle ou telle de ces cathédrales qui parsèment notre territoire. Elles disent le talent d’artistes inconnus et aussi l’argent qui est derrière.
Que dire de ce christianisme des temps anciens ? Fut-il son âge d’or ou fut-il, à l’inverse, le degré zéro de la spiritualité ? Ce bon livre peut nourrir le débat.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann , paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018