JACQUES ELLUL


JACQUES ELLUL
Une théologie au présent
Par Bernard Rordorf et alii
Ouverture, 2016, 130 p.

Sont rassemblés et présentés, dans ce substantiel cahier, les Actes du colloque du 3 octobre 2014, organisé par la Faculté de Théologie de Genève. Le liminaire de Bernard Rordorf nous éclaire sur le projet des initiateurs. Si cette journée de réflexion date de quatre ans, elle reste très actuelle. Elle présente en effet l’œuvre de Jacques Ellul sous ses deux aspects ou versants : sociologique et politique d’une part, biblique et théologique de l’autre. Ces deux faces se font face, inséparablement en tension et en dialogue. On dirait dans la « macrolangue » actuelle qu’Ellul tient ensemble et « en même temps » la conviction du sens et le courage de la marche. Car pour Ellul déjà, le temps est le même de l’enracinement dans la foi et de l’engagement de cette « théologie au présent ».
Sans les présenter en détail, on recommandera vivement chacune des cinq contributions, différentes mais au total convergentes. Rordorf souligne l’importance de quelques textes bibliques dans l’argumentation théologique d’Ellul. Christophe Chalamet ouvre avec une sorte de ferveur les secrets de la foi comme « cœur sans repos », sous les pulsions de l’ « espérance comme provocation et comme invocation ». Plus complexe est la contribution de Daniel Cérezuelle : « De l’exigence de l’incarnation à la critique de la technique chez Jacques Ellul, Bernard Charbonneau et Ivan Illich ». Pour clore le dossier, François Dermange pose la question : « Les chrétiens doivent-ils promouvoir les droits de l’Homme ? » Mais ce sont, à mon avis, les deux contributions de Frédéric Rognon, même si elles se recoupent partiellement, qui sont les plus synthétiques et révélatrices du « vrai Ellul » ; il est vraiment seul contre tous, unique en son genre, sur tous les fronts : contre Ricœur et son herméneutique biblique, contre le père Teilhard et le totalitarisme métaphysique, contre Bonhoeffer et le silence ou l’absence de Dieu, contre Georges Casalis et Fernando Belo, théologiens de la libération, enfin contre Mounier lui-même et Vahanian si proche. Ellul reste inclassable, qui surplombe toutes les théologies et plombe les politiques...
Un présent - un cadeau ? - explosif. Mais où est la collégialité ?
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018