Henri et Hélène Nick : CORRESPONDANCE DE GUERRE


CORRESPONDANCE DE GUERRE
1) La main de l’Eternel serait-elle trop courte ? 1914
2) On n’attendait pas la mort si tôt. 1915 (1)
3) À l’heure où les balles ne sifflent pas. 1915 (2)
Henri et Hélène Nick
 Ampelos, 2015-2016, 489 p., 475 p., 398 p.


 Les éditions Ampelos se sont lancées dans une entreprise titanesque en même temps que passionnante : publier la correspondance de guerre (1914-1918) du pasteur Nick. C’est un de ses descendants, Grégoire Humbert, qui a pris la charge de déchiffrer, transcrire, annoter, présenter ces milliers de lettres échangées entre Henri Nick, sa femme Hélène, des collègues, des amis et des soldats. L’importance des Index témoigne de cette richesse. Ces trois premiers tomes, pour les dix-sept premiers mois de la guerre, font près de 1500 pages.
 On connaît le pasteur Nick (1868-1954) comme l’apôtre de Fives, quartier ouvrier de Lille où il s’est installé, avec sa femme, en 1897. Cette œuvre de Fives-Lille reste une référence au sein du protestantisme français en matière d’évangélisation en milieu ouvrier. Le Foyer du peuple qu’il a créé, avec réunions religieuses, cours d’alphabétisation, chorale, conférences, Croix bleue (contre l’alcoolisme), Croix blanche (contre la « débauche »), etc. est dans la ligne des Fraternités du Christianisme social d’Elie Gounelle ou Wilfred Monod. Hélène Nick anime diverses œuvres comme un ouvroir, des visites aux prisons, des consultations prénatales et des UCJF. La création d’une coopérative répond aux idées de Charles Gide, tout comme l’adhésion de Nick au mouvement « La Paix par le Droit » qui prône arbitrage et pacifisme.
 Mais, comme les protestants en général, quand la guerre éclate, il se rallie à la défense nationale, conforté par les circonstances que sont l’invasion de la Belgique, la trahison des théologiens allemands et l’occupation de tout le nord de la France dont Lille. Le 10 août 1914, il annonce à sa femme restée dans le Midi qu’il est nommé aumônier (volontaire) brancardier au premier Corps d’armée. Le ménage va rester séparé de longs mois jusqu’à une permission en mai 1915.
 Cette correspondance est exceptionnelle, pas seulement par sa taille ou le nombre des correspondants, pas seulement parce que l’on voit agir un aumônier au plus près de ceux qui souffrent, mais parce que, à côté des détails prosaïques de la vie quotidienne, au front ou à l’arrière, devant les épreuves subies sont abordées des interrogations existentielles.
Compte-rendu de Gabrielle Cadier-Rey, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018