Didier Travier : UNE CONFIANCE SANS NOM. Essai sur la foi


UNE CONFIANCE SANS NOM. Essai sur la foi
Didier Travier
Préface d’Olivier Abel
Ampelos, 2017, 108 p. 10 €

Il sera ici question du culte chrétien, dans son interprétation protestante et plus spécifiquement réformée. Il ne s’agit pas d’une approche historique, ni liturgique, ni dogmatique des différentes étapes du culte et de leur cohérence.
Didier Travier, normalien agrégé de philosophie, conservateur en bibliothèque et animateur du groupe de réflexion Théo-Philo, publie son premier essai aux éditions Ampelos en questionnant sur le culte et la liturgie protestante pour mieux en comprendre le sens. De manière critique, faisant appel à Kant, Hegel, relisant aussi J. Nabert, K. Jaspers, P. Ricœur, S. Weil, E. Levinas et H. Jonas, mais prenant également appui sur M. Zundel, S. Kierkegaard, D. Bonhoeffer et bien d’autres encore, l’auteur médite sur la signification du culte réformé en parcourant les moments successifs de son déroulement. L’originalité de sa démarche réside dans son approche profane, laïque, agnostique même. À une époque où l’on rejette le religieux institutionnel au profit de spiritualités très personnelles et changeantes, l’auteur interroge le couple foi et religion.
Relevons quelques propositions philosophiques se dégageant du travail de D. Travier. La foi dont il parle est irréligieuse par son affinité sans feinte avec l’agnosticisme et son refus sans concession de toute affirmation sur Dieu. Le culte invite donc l’homme à se décentrer en se plaçant dans ce qui est plus originaire que soi : l’être, la vie, l’autre, la parole de pardon et d’espérance. L’auteur accorde beaucoup d’importance à la tension philosophique entre « paroles-de » et « paroles-à » qui lui permet d’approcher la substance même de l’attitude de foi et d’en juger la sincérité dans les paroles, les gestes et la symbolique d’une célébration.
Finalement le titre de l’ouvrage, « une confiance sans nom », donne à la fois l’ampleur de la pensée de D. Travier et signale sa limite. Comme le note Olivier Abel dans la préface, « le culte c’est d’abord la gratitude, la louange et l’émerveillement d’exister, c’est chanter le bon, l’innocence, le désir de jouer ». Le Christ ressuscité aurait-il un rôle à jouer et une place à tenir dans cette entreprise ?
Compte-rendu de Daniel Bach, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018