Boris Cyrulnik : PSYCHOTHÉRAPIE DE DIEU


PSYCHOTHÉRAPIE DE DIEU
Boris Cyrulnik
Odile Jacob, 2017, 314 p., 22,90 €

On connait bien Boris Cyrulnik, psychiatre et neurologue, propagateur de la résilience ; mais on peut s’étonner du titre de son nouvel ouvrage : Dieu psychothérapeute ?
L’A. précise son projet au début de son ouvrage : « J’ai commencé cette enquête il y a quelques années après avoir été bouleversé par l’immense blessure intime des enfants soldats … Je n’ai pas su leur expliquer pourquoi le fait d’entrer dans une église pouvait soigner un traumatisme »…
On entre alors dans le vif de la question, à savoir que la religion - pratiquée par sept milliards sur sept milliards et demi d’humains !- « est un phénomène qui structure la vision du monde, sauve un grand nombre d’individus, organise presque toutes les cultures... et provoque d’immenses malheurs » ! Cyrulnik considère alors que les théories de l’attachement offrent l’outil le plus efficace et le plus cohérent pour penser ce mystère de la religion. Nous retrouvons ici les thèmes chers à l’A., par exemple que le premier lien que l’enfant construit dans sa famille décide en grande partie de son avenir. Ce lien primitif est aussi recherché dans la relation à la divinité, et ainsi « Dieu est une force surnaturelle qui protège les humains à l’image d’un père, il édicte aussi un code de bonne conduite, et on en ressent un grand effet sécurisant ». Ce thème est le fil rouge que l’on retrouve d’un bout à l’autre de l’ouvrage.
Toutes les religions sont mises sur un pied d’égalité, toutes d’ailleurs peuvent présenter les mêmes excès ; le point de vue adopté est psychosocial la plupart du temps.
Cyrulnik a un style alerte, agréable, avec de bonnes formules ; il s’appuie sur de nombreuses recherches, anglo-saxonnes pour la plupart, et il donne des exemples multiples de conduites religieuses pratiquées dans divers pays. Ainsi beaucoup de problématiques sont abordées, par exemple les problèmes migratoires, l’intégration des étrangers, le terrorisme, le sexe et les dieux :….
Cependant une certaine insatisfaction persiste ; certes on ne peut qu’être d’accord avec tout ce qui est dit, mais un mystère demeure. Peut-être que l’A. en a l’intuition quand il nous dit : « La religion satisfait une pyramide de besoins…. La spiritualité, elle, est une élation intime, intemporelle, qu’éprouve tout homme ». Justement, nous aurions bien aimé en savoir davantage sur cette « élation »…..
Compte-rendu de Françoise Gougne, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018