Alexis Muston : JOURNAL (1825 - 1850)


JOURNAL (1825 - 1850)
Alexis Muston
Introduction de Patrick Cabanel
Presses universitaires de Grenoble, 2018, 683 p., 35 €

 Alexis Muston (1810-1888) est né à Torre Pellice, dans la minorité protestante italienne, l’Église vaudoise. Ses deux parents appartiennent à des lignées pastorales et son père, lui-même, est pasteur. À 15 ans, il part pour ses études, d’abord à Lausanne, puis à Strasbourg pour la théologie. Passionné par l’histoire vaudoise, il y consacre ses différentes thèses de théologie. Avant d’arriver à Bourdeaux, en 1836, où il est d’abord suffragant, il mène une vie très mondaine, se livrant à un papillonnage amoureux auquel il rêvera toute sa vie avec nostalgie. On le trouve à Lausanne, Genève, Turin, Grenoble, Uzès, Nîmes où il est professeur dans une institution pour jeunes filles « trainant tous les cœurs après soi » mais sans se décider. En toute occasion il écrit des poèmes qu’il offre aux jeunes filles. Arrivé à Bourdeaux, il s’y marie assez vite avec une jeune fille plus âgée, Clémentine de Saulses de Latour, qui se révélera peu cultivée et sans curiosité intellectuelle, alors que Muston, lui, est passionné de tout. Ce pasteur se révèle historien, poète, herboriste, entomologiste, médecin-homéopathe, et un merveilleux dessinateur et aquarelliste. Un cahier central dans ce livre en apporte la preuve. Sa femme se révèle tellement attachée à ses parents qu’elle refuse de quitter Bourdeaux, ce qui amènera Muston à y passer sa vie. Alors, il s’évade par ses voyages ou par sa plume ! Son journal est plein des descriptions de ses voyages où il se révèle ébloui par la beauté de la nature. Il est aussi l’auteur de plusieurs livres et quantité de brochures. Son grand œuvre paraît en 1851, L’Israël des Alpes. Première histoire complète des Vaudois du Piémont et de leurs colonies. Ce livre est traduit en anglais, en allemand et réédité en 1879. Mais il continue à écrire sur cette histoire. Et puis, il rédige quasi quotidiennement son Journal. Celui-ci se présente aujourd’hui en 52 cahiers, et va de 1825 à 1887. Dans les années 1860, Muston a résumé et condensé les premiers cahiers. Peut-être aussi a-t-il voulu supprimer quelques passages désagréables sur sa femme. En effet, ne trouvant pas en elle le répondant qu’il espérait, la possibilité des deux âmes unies, le cœur à cœur dont il rêvait, c’est son Journal qui lui a servi d’interlocuteur. « La revanche de l’écriture sur la vie », comme l’a écrit Bernard Gagnebin pour Amiel. Ce Journal, c’est son échappée belle vers la nature, la poésie, l’amour et le rêve. Mais c’est aussi le lieu où il développe ses idées ; il s’intéresse à la politique, il est pleinement républicain et socialisant. Et s’il dit : « Le socialisme doit être le christianisme réalisé dans la vie sociale », Wilfred Monod ne dira pas autre chose un demi-siècle plus tard. Patrick Cabanel a écrit une longue introduction qui montre le grand intérêt de ce texte à différents points de vue. Il l’a complété par près d’un millier de notes et un index bien précieux. Alors nous attendons le tome II avec impatience.
Compte-rendu de Gabrielle Cadier-Rey, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018