Aimé Richardt : ZWINGLI


ZWINGLI. Le réformateur suisse (1484-1531)
Aimé Richardt
Artège, 2018, 179 ., 17,50 €

Dans toute la première partie de sa vie, Ulrich Zwingli a été curé dans le nord de la Suisse, mais pas un curé ordinaire à cause d’une formation poussée et d’une exigence spirituelle hors du commun. Il avait été marqué par Jan Hus et Wyclif. Aumônier des mercenaires suisses en Italie lors de la bataille de Marignan, il est de ceux qui, avec Erasme, dénoncèrent la guerre et son horreur. Dès ce moment, il dit l’essentiel : il n’est pas d’autre fondement à la religion chrétienne que l’Écriture. En a découlé le refus de ce qui ne s’y trouve pas : tout un système où l’Église et ses règlements prétendent passer avant l’Évangile. Ainsi la prétention du clergé en matière de pouvoir, l’obligation du célibat, le trafic des indulgences, le purgatoire, les moeurs monastiques, le culte des reliques, les pèlerinages, le luxe indécent. « Ce qu’il faut, disait-il, c’est fuir l’injustice, soulager les malheureux et n’invoquer que Jésus Christ. » Le plus grave, aux yeux de Zwingli, est la messe : cette cérémonie où l’on prétend que le Christ est corporellement présent dans l’hostie que l’on distribue aux fidèles. Mais quand Zwingli développa ce dernier point, il se heurta à Luther qu’il avait pourtant chaudement approuvé dans ses débuts. Zwingli soutint que manger réellement le corps du Christ est absurde ; Luther répliqua avec violence. Les deux hommes s’excommunièrent réciproquement. Il n’y eut pas de réconciliation.
En 1525-26, Zwingli a rompu avec l’Église romaine. Il est pasteur à Zurich. Les dernières années du réformateur furent marquées par des combats. C’est le moment où émergea en Allemagne et en Suisse l’anabaptisme : des réformés qui refusaient absolument le baptême des enfants et, dans le même temps, récusaient toutes les autorités, tant civiles que religieuses. Zwingli les combattit fermement. Beaucoup plus grave et finalement tragique : l’affrontement avec les cantons qui refusaient la Réforme. La tolérance n’était pas dans les mœurs de l’époque et peu suivirent la voie de ce curé de Gladis qui dit à ses ouailles désemparées : « Le matin, je dirai la messe pour ceux qui veulent la messe ; le soir je prêcherai pour ceux qui préfèrent le sermon. » Là comme en France, dans les deux camps, après de vaines tentatives de réconciliation, on recourut aux armes. Et ce fut la triste fin de Zwingli. Il fut tué à la bataille de Kappel en 1531. Retrouvé sur le champ de bataille, son corps fut brûlé et ses cendres jetées au vent.
La personnalité de Zwingli est remarquable. Ferme dans sa dénonciation des erreurs catholiques, mais plus modéré que Luther, il a laissé sa trace dans des Églises protestantes caractérisées par une grande sobriété et un culte faisant à la prédication la place prépondérante. Ce livre, de lecture aisée, dit tout cela avec bonheur.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°236 de mars-avril 2018