Valentine Zuber : L’ORIGINE RELIGIEUSE DES DROITS DE L’HOMME



L'origine religieuse des droits de l'hommeL’ORIGINE RELIGIEUSE DES DROITS DE L’HOMME
Le christianisme face aux libertés modernes (XVIIIe-XXIe siècle)
Valentine Zuber
Labor & Fides, 2017, 379 p., 24 €

En France, l’interprétation des origines de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 a fait l’objet d’une concurrence idéologique entre plusieurs définitions des droits, et de débats qui ne sont pas vraiment éteints encore aujourd’hui. Il existe une pensée chrétienne occidentale des Droits de l’homme qui se distingue de l’idéologie laïque et universaliste de ces droits.
L’opposition entre deux lectures de l’histoire politique moderne s’est ouverte clairement au début de la Troisième République : au XIXe siècle, la filiation de la DDHC avec la révolution américaine et protestante prévaut largement, mais après 1850 émerge une philosophie républicaine qui lie étroitement démocratie et droits « naturels ».
Ce livre est une relecture de l’aventure des droits de l’homme, de leur préhistoire théologico-politique et la réhabilitation de la part prise par le christianisme et les Églises dans leur mise en œuvre. Pour ce faire, l’auteur a repris les diverses études et les apports de différents intellectuels, penseurs, historiens (Tocqueville, Michelet, Jellinek, Gauchet, etc.) qui ont contribué à enrichir toute cette réflexion sur les origines des droits de l’homme.
Une grande partie du livre est consacrée à la réappropriation des Droits de l’Homme par le christianisme et par les Églises protestantes et catholique. La réflexion théologique protestante (celle de R. Mehl, J. Galtier, R. de Pury ) a abouti à un double mouvement : relativiser l’apport proprement protestant à la Déclaration des Droits et le mythe de la modernité de Calvin et de ses épigones ; d’autre part, proposer une relecture des Écritures à la lumière des fondements divins des droits affirmés dans la DDHC.
Le conflit idéologique entre catholicisme et Révolution a complètement bloqué toute évolution dans la compréhension des droits par l’Église tout au long du XIXe et jusque dans la première moitié du XXe siècle. Ceux qui ont essayé de s’emparer du sujet - l’égalité, la liberté de conscience - ont été condamnés par le magistère (comme Lamennais). Un tournant s’est produit lorsque, sous la pression des catholiques libéraux et à la faveur de l’affaire Dreyfus, l’Église a reconnu la légitimité de l’exercice des droits ad extra, dans le cadre d’une démocratie républicaine, mais n’a en rien changé par ailleurs à l’intérieur du catholicisme. Et la position de l’Église catholique reste encore aujourd’hui ambiguë dans la sphère publique sur les droits de la personne humaine
Enfin l’auteur a mis l’accent sur le fait que les penseurs politiques, sociologues, et autres experts en sciences politiques, négligent ou ignorent la dimension religieuse des faits sociaux et des évolutions sociétales. Ils excluent trop souvent toute explication de cette nature parce qu’ils la jugent (ou la croient) dépassée par la rationalité contemporaine. Ceci est vrai non seulement pour l’analyse d’événements en France mais également pour les pays étrangers.
Compte-rendu de Dominique Viaux , paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018