Thomas Römer : L’INVENTION DE DIEU




L'invention de Dieu de Thomas Römer,Fabian Pfitzmann (Illustrations) ( 27 mars 2014 )L’INVENTION DE DIEU
Thomas Römer
Seuil (Les livres du Nouveau Monde), 2014, 331 p., 23 €

La recherche archéologique et biblique est comparable à la reconstitution d’un puzzle à partir de morceaux que l’on essaye de rapprocher, d’interpoler. La méthode est faite d’observation, d’hypothèses et aussi d’intuition. Les pièces archéologiques sont les objets, les ruines ou les textes antiques. Les pièces bibliques sont les textes esséniens, massorétiques ou grecs. En fait, le résultat du travail ressemble à une tablette mésopotamienne ébréchée ou un papyrus égyptien lacunaire, qui est retranscrit avec des points de suspension ou des crochets encadrant une hypothèse.
On retrouve parfaitement cette méthode dans ce livre du spécialiste Thomas Römer, où les formules du type « il est possible », « il est probable », « il est plausible », « il est vraisemblable », ou encore « à moins que », abondent. On nous présente l’état actuel de la reconstitution de l’histoire du Dieu d’Israël. La prudence montrée dans le cours de l’exposé de chaque chapitre fait parfois place à des conclusions affirmatives, à des « résultats ». On trouve aussi de temps en temps des répétitions de faits, comme si chaque chapitre avait été écrit indépendamment des autres.
Dans ce livre, passionnant à lire pour qui s’intéresse à la Bible ou à l’Antiquité proche-orientale, nous suivons le fil qui nous conduit du début des relations d’un Dieu avec un peuple, d’un Dieu qui aurait choisi son peuple jusqu’à son statut actuel de Dieu unique, du Dieu des « grandes religions monothéistes ». L’auteur nous présente successivement l’histoire de son nom YHWH, ses origines géographiques et ses lieux de culte, en particulier Jérusalem et la Judée, les liens avec la royauté, les différents autres noms de ce Dieu et les autres dieux dont Asherah, au rôle particulier, et enfin l’importance dans cette histoire des conditions de l’exil et du retour. Nous avons ici en quelque sorte une archéologie de Dieu.
De nombreuses notes en bas de page complètent le texte mais une bibliographie récapitulative et un index des noms auraient pu utilement agrémenter l’ouvrage. Des illustrations apportent une aide visuelle.
Ce livre devrait être dans toute bonne bibliothèque touchant à la recherche biblique ou à l’histoire antique, ainsi d’ailleurs qu’à l’histoire des religions.
Compte-rendu de Philippe Cousson, paru dans la revue LibreSens n°234 de novembre-décembre 2017