Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin : LA COMMUNAUTÉ



La communautéLA COMMUNAUTÉ
Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin
Albin Michel, 2018, 333 p., 20 €

Les deux auteures de ce livre, grands reporters au « Monde », n’ont pas voulu écrire un traité de sociologie sur Trappes, l’une des banlieues sensibles de Paris, ni y faire un reportage de quelques jours dans un esprit de militance politico-religieuse. Elles n’ont pas voulu non plus s’intéresser uniquement au fonctionnement institutionnel et à l’organisation de la commune. Elles ont pris le parti de raconter, avec un a priori de sympathie pour la population de Trappes, ce qu’elles ont entendu, vu, compris lors de dizaines d’entretiens, de visites répétées pendant plus d’un an, à des habitants et à des responsables qu’elles ont rencontrés dans leur environnement et dont elles ont su se faire accepter, sans pour autant taire les questions brûlantes qui agitent cette cité très particulière. Il s’agit donc plutôt d’un récit, d’une narration très bien écrite et documentée, agréable à lire et accessible à tous sur l’origine, l’évolution d’une des communes périurbaine qui font l’actualité de la France.
Trappes en effet n’est pas une banlieue comme les autres, elle est plantée comme une oasis au milieu de l’Ouest parisien plutôt cossu, entre Versailles et Rambouillet. Ses 30000 habitants sont majoritairement d’origine immigrée, venant de plus de 80 pays du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d’Asie et de certains pays de l’est ou du sud européen. Les musulmans y sont devenus largement majoritaires. Plus de 50% de cette population ont moins de 30 ans mais le taux de chômage parmi eux est très élevé comme les échecs scolaires parmi les élèves. La drogue, la délinquance progressent. La politique communale a réussi à éliminer les tours et les barres d’habitations collectives, créant des quartiers verts plus périphériques. Du coup les habitants les plus aisés, mais aussi les plus motivés pour la « réussite », ont quitté le cœur de la ville, et la population la plus pauvre restée sur place s’est souvent regroupée par communautés d’origines. Un courant islamiste radicalisé s’est développé, et on dit que Trappes est devenue la ville française ayant fourni le plus de combattants aux djihadistes de Syrie et d’Irak.. Dans le même temps Trappes a « produit » des réussites spectaculaires de personnes telles que Jamel Debbouze, Omar Sy, Nicolas Anelka, la Fouine ou Sophia Aram, des stars vite happées par l’argent, ou le showbiz, ou les médias mais de moins en moins reconnues par les habitants de Trappes comme étant des leurs.
Les 250 associations privées ou proches de la municipalité présentes à Trappes favorisent une vie sociale active et contribuent à une meilleure intégration des habitants immigrés dans la communauté nationale, tout en laissant se développer aussi un certain communautarisme par origines. Les paroisses protestantes des environs ont voulu être présentes dans cette ville et y ont crée, il y a 40 ans, non pas une paroisse mais une association de la Mission populaire évangélique de France, dont l’objectif est l’éducation populaire et l’aide à l’insertion sociale, mais aussi l’apprentissage du « vivre ensemble », comme le fait également la paroisse catholique de Trappes et certaines associations musulmanes. La Miss Pop, connue de tous en ville, a rencontré plusieurs fois Ariane Chemin, l’une des journalistes du Monde dans le cadre de leur enquête.
En bref, La Communauté est un livre passionnant, et surtout très instructif pour tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de notre société de plus en plus urbanisée et multiculturelle.
Compte-rendu de Frédéric Trautmann (ancien président de la Miss Pop de Trappes), paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018