PROTESTANTISMES : Vocabulaire typologique

ProtestantismesPROTESTANTISMES
Vocabulaire typologique
Editions du Patrimoine, Centre des Monuments nationaux, 2017, 343 p.

Depuis les années 1960, le Centre des Monuments nationaux publie de prestigieux volumes consacrés au patrimoine artistique de la France, architecture comme mobilier. Ces livres ont une vocation scientifique : analyser les caractéristiques des techniques et des formes et en fixer la définition, le même mot pouvant désigner des choses différentes selon l’époque ou la région ; mais aussi l’inverse, des mots variés pour désigner le même artefact. C’est pourquoi le sous-titre de ce beau livre, abondamment illustré, met l’accent sur le vocabulaire : « Il ne s’agit donc pas d’un dictionnaire historique du protestantisme qui existe par ailleurs, ni d’une présentation théologique ou sociale de cette branche spécifique du christianisme. L’objectif est bien d’essayer de comprendre et de définir les éléments matériels liés à la pratique religieuse protestante ».
 Le livre s’organise selon de grands chapitres thématiques. Après une introduction intitulée « Définitions générales », les chapitres sont : l’architecture, le décor, la prédication de la parole, les sacrements, le chant et la musique, la collecte, le mobilier, les vêtements, les rites funéraires, la commémoration, la piété familiale et individuelle. Suivent la liste des musées et bibliothèques, celle des sources imprimées, une bibliographie et un index en trois langues. Les illustrations sont nombreuses, près de 400 ; l’essentiel vient de France, mais parfois, pour illustrer telle habitude ou tel rite, c’est d’Allemagne ou de Suisse que provient l’image, plus rarement de Grande-Bretagne.

  L’historiographie générale ou protestante s’est longtemps désintéressée du patrimoine protestant, cette confession étant considérée comme dématérialisée. L’intérêt pour l’architecture est récent et il a donné lieu surtout à des monographies locales. En ce qui concerne le patrimoine mobilier et les objets cultuels, c’est leur valeur éventuellement artistique qui attirait l’attention, pas leur importance rituelle ou sociale.
 Cette prestigieuse publication a été dirigée par Mireille-Bénédicte Bouvet, responsable de l’Inventaire général du Patrimoine culturel de la Région Grand Est, à Nancy. Cette localisation explique sans doute que le plus grand nombre d’exemples cités provient de cette région, et même de Suisse ou d’Allemagne, bien que les particularismes alsaciens soient souvent éloignés des habitudes de la « France de l’intérieur » et qu’il existe, dans les musées français, des artefacts moins « typés ». Si l’on considère le chapitre consacré aux sacrements, en dehors des méreaux, pratiquement tous les objets montrés proviennent du Grand Est et rappellent souvent davantage des rites catholiques que la simplicité réformée. Néanmoins, cette prééminence s’explique aussi par l’histoire : cette région, Franche-Comté et Alsace, surtout luthérienne, a moins souffert des persécutions et destructions, le patrimoine mobilier y a été mieux conservé. De belles expositions à Montbéliard, à Strasbourg, ont attiré l’attention sur lui. Le Musée virtuel a pris la relève et présente « Les éléments constitutifs incontournables que l’on retrouve dans la majorité des édifices ».
 Compte-rendu de Gabrielle Cadier-Rey, paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018