Raphaël Picon : UN DIEU INSOUMIS



Un dieu insoumisUN DIEU INSOUMIS
Raphaël Picon
Labor & Fides, 2017, 140 p., 16 €

De Raphaël Picon, disparu prématurément, il nous reste, avec son sourire affable, outre quelques livres et articles, la collecte, la collection, des cinquante chroniques qu’il donna, de 2004 à 2015, au mensuel Évangile et Liberté. Laurent Gagnebin et Pierre-Henri Lechot l’expliquent bien en avant-propos.
Le titre déjà interpelle, provocation théologique et non invocation pieuse : Dieu insoumis. On comprendra.
À la lecture, réfléchie et méditée, de ces textes courts, si bien écrits en un français parfait, précis sans préciosité, nuancés sans trop d’adjectifs, enfin pour un bon praticien des théologies américaines ou allemandes, ce français honore l’auteur comme les lecteurs...
Chaque chronique est, si l’on peut dire, pertinence de son impertinence : « Le danger de Dieu », « Un Dieu sans barbe », « Le sublime ordinaire », « Jésus rêve de Dieu », « Des Églises pour l’essentiel », et je ne cite que quelques titres avec leur parfum d’audace et d’humour.
En effet, l’auteur ne s’embarrasse pas de la tradition ecclésiale du dogme, pas plus que de la lettre de l’Écriture. Il cherche – et parviendra – à nous faire partager une sorte d’innocence de la foi évangélique hors les champs des institutions et des traditions. On pourra se souvenir que l’Évangile, tout neuf aujourd’hui, a été transmis plus ou moins bien par des témoins qui furent aussi des martyrs et des artisans de la théologie chrétienne. Mais, sans dogmes ni sacrements, ce Dieu « insoumis » est en effet un Dieu libre, qui libère le vin toujours nouveau des vieilles outres religieuses. Aussi cette collection de provocations pourra-t-elle contribuer à une sorte d’évangélisation intelligente, notamment auprès de nos contemporains souvent plus anticléricaux que laïques, des intellectuels cultivés et des « esprits libres », selon eux, plus que des pratiquants cultuels et des récitateurs de catéchisme.
Encore un mot. Notre ami écrivait : « Dieu n’est ni au-dessus, ni avec, il est en nous ». Il me semble que cette affirmation est quand même réductrice du mystère de Dieu, « un en trois personnes »... le Père tout-puissant, le Fils « avec » nous (Emmanuel) et, certes, « l’Esprit en nous »... Béni soit-il !
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°234 de novembre-décembre 2017