Naïma M’Faddel, Olivier Roy : ET TOUT ÇA DEVRAIT FAIRE D’EXCELLENTS FRANÇAIS


Et tout ça devrait faire d'excellents Français
ET TOUT ÇA DEVRAIT FAIRE D’EXCELLENTS FRANÇAIS  
Dialogue sur les quartiers
Naïma M’Faddel, Olivier Roy
Seuil, 2017, 188 p., 17 €

C’est en premier lieu d’échecs successifs, répétés, désespérants dont il est question dans ce livre. La politique de la ville, encensée, cajolée, richement dotée, largement réfléchie y montre tragiquement ses limites. Et, timidement, ses espoirs.
Tant de pistes explorées ont abouti à tant d’impasses que l’on peine à suivre le relatif optimisme pour l’avenir des auteurs. Se prononcer pour « une politique républicaine de la nation France » ne saurait déboucher sans une radicale remise à plat de cette politique. Car cette formule ne constitue-t-elle pas un discours incantatoire trop de fois entendu ? N’avons-nous pas déjà dépassé le point limite à partir duquel les quartiers perdus de la République ont déjà rompu, et largement, le Contrat Social commun ?
Dans une première partie, Naïma M’Faddel, « intransigeante » (pour reprendre la formule de Jean-Louis Schlegel dans sa préface), propose un long récit composite intitulé « L’échec de la politique de la Ville ». Autant de vignettes s’ajoutant les unes aux autres pour illustrer son propos. Une quinzaine de petits chapitres descriptifs d’une situation terriblement dégradée. La religion musulmane y occupe souvent une place centrale dans l’articulation sociale des protagonistes (voir : « La vie dans les quartiers et l’Islam qui s’y pratique »). Ce constat aboutit à se poser la question : « Y a-t-il une différence insurmontable des mœurs de l’Islam comme religion et comme culture de valeurs ? »
C’est ce dont la seconde partie de cet ouvrage va débattre. Débat entre Olivier Roy et Naïma M’Faddel, qui abordera successivement quatre thèmes : « Politique de la ville ou de la ségrégation ? », « Communautarisme ? », « Islam », « Vivre dans les quartiers ». Le tout se concluant par la question : « Ce qui nous réunit : identité et société multiculturelle. »
Une phrase de cet ouvrage, la plus actuelle et le résumant bien, pourrait être : « Ce livre repose sur un double mouvement, qui se déroule le temps d’une génération : un lent zoom arrière qui s’éloigne des quartiers populaires, suivi, quelque trente ans plus tard, d’un zoom avant sur ces mêmes lieux, avec un arrêt en plan fixe sur l’actualité. »
C’est dire tout le sombre intérêt porté à cette lecture…
Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans  la revue LibreSens n°234 de novembre-décembre 2017