Mireille Hadas-Lebel : HÉRODE



HérodeHÉRODE
Mireille Hadas-Lebel
Fayard, 2017, 358 p., 22 €

Hérode, 73 à 4 avant J.C., est connu des lecteurs de la Bible à cause des versets de Matthieu sur le « Massacre des innocents », mais pas beaucoup plus. Ce fut en fait un prince hellénistique de grande importance. Nous le connaissons surtout par Flavius Josèphe (37-100), cet historien juif qui, au moment de la Guerre juive de 66-70, s’est mis délibérément au service des Romains.
Originaire de l’Idumée, ce pays de semi-nomades situé au sud de la Judée, il n’était, en fait, qu’à demi juif, ce qui le rendait suspect aux yeux des juifs de bonne tradition. Suspect aussi lorsque, devenu roi de Judée et Galilée par la protection des Romains, il mena une politique de romanisation et d’hellénisation du pays tout à fait outrancière, alors même qu’il se voulait protecteur des juifs. S’il demeura néanmoins plus de trente ans au pouvoir c’est beaucoup par le fait de son habileté diplomatique (il sera protégé par Antoine, puis par Octave devenu Auguste) et son incroyable dureté.
Hérode avait une faiblesse. Il n’appartenait pas à la famille des Hasmonéens qui, depuis les Maccabées, tenaient le pouvoir mi-politique, mi-religieux, et s’étaient fait reconnaître une semi-autonomie d’abord par les souverains séleucides, puis par les Romains. Pour cette raison, il avait épousé Mariamne, une princesse hasmonéenne, mais il demeurait nombre de princes de cette dynastie qui constituaient pour lui autant de menaces. Que faire sinon s’en débarrasser ? Ce fut d’abord la lutte contre Antigonos qui avait le tort de s’être allié aux Parthes, bonne raison pour le combattre. Antoine, plein de prévenance, lui accorda sa tête. Puis il dut accepter que la charge de grand-prêtre fût donnée à Aristobule. Ce garçon était trop beau, trop populaire. Alors Hérode favorisa un accident : on le noya dans une piscine. Salomé, sa sœur et âme damnée, le convainquit que Mariamne le trompait. Il la fit exécuter avant de sombrer dans la douleur. Et aussi dans la terreur des complots. Ainsi fit-il étrangler ses deux fils, les plus intelligents et les plus populaires, détruisant par là même l’avenir de sa dynastie.
Telle est l’une des figures d’Hérode. L’autre est celle d’un prodigieux bâtisseur. Il a multiplié
les temples aux divinités romaines, les hippodromes, les théâtres, les palais. Surtout, il a fait complètement reconstruire le Temple de Jérusalem, celui jadis édifié au retour de l’Exil lui paraissant trop modeste. Son goût pour le prestige était là manifeste, mais il voulait aussi gagner de cette manière la bienveillance des juifs. Espoir déçu. Il est mort dans son lit, mais haï de tous. « D’Hérode il ne reste que des ruines grandioses et une affreuse légende », écrira Renan.
Un livre d’excellente histoire qui a aussi la saveur d’un roman.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens de novembre-décembre 2017