Etienne Ollion : RAISON D’ÉTAT. Histoire de la lutte contre les sectes en France



Raison d'ÉtatRAISON D’ÉTAT
Histoire de la lutte contre les sectes en France
Etienne Ollion
La Découverte, 2017. 271 p., 19 €

Nous sommes dans les années post-68. Des familles s’émeuvent parce que nombre de leurs enfants arrêtent brusquement leurs études, quittent la maison, vont à des groupes dont on découvre les noms : Moon, Krishna, Enfants de Dieu, Scientologie..., se livrent à des pratiques ascétiques, acceptent des interdits alimentaires, sexuels…
Mais, hors les parents de milieux religieux, peu de réactions. On ne voit pas la différence avec les mouvements marginaux qui prolifèrent en marge de l’Église. Du moins jusqu’au moment, dans les années 80, où l’on apprend un massacre collectif en Guyana, puis un autre dans le Vercors parmi les adeptes de l’Ordre du Temple solaire. On s’avise alors que « les sectes », c’est autre chose que des hérésies bousculant les vieilles religions, que ce sont peut-être des entreprises de manipulations, d’emprises graves sur des personnes fragiles confinant au « lavage de cerveaux ». Trois sortes d’entreprises menées par ces organisations font peur : des procédés d’éducation inquiétants, des interventions en matière de santé comme le refus des vaccinations et des transfusions sanguines, des refus d’intégration dans la société (comme les Témoins de Jéhovah face au service militaire). Elles représentent une menace pour la cohésion sociale.
Alors, mais alors seulement, l’État français prend au sérieux le phénomène sectaire. En 1998 est créé une « Mission interministérielle de lutte contre les sectes ». Des mesures de surveillance sont prises, des interdictions décrétées, et de façon plus rigoureuse que dans les autres pays. Est-ce l’effet de notre laïcité stricte ? Non. C’est la conséquence normale de la tradition centralisatrice de ce pays où les normes de l’État s’imposent en des domaines sociaux et culturels (spécialement l’éducation) abandonnés à l’initiative privée en d’autres pays. La différence est alors flagrante avec les États-Unis qui ne se font pas faute, alors, de critiquer sévèrement la France, coupable à leurs yeux de ne pas respecter les religions minoritaires. Il fallut que notre gouvernement atténue la virulence de sa politique anti-sectes et soutienne, par exemple, qu’il s’en prenait seulement aux « dérives sectaires ». Aujourd’hui ce problème a perdu de sa virulence, mais n’a pas disparu. La crise occasionnée par la question du « voile islamique » l’a montré récemment.
L’intérêt de cet ouvrage d’un éminent sociologue ne fait pas de doute.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens de novembre-décembre 2017