CASTELLION À VANDŒUVRES



Résultat de recherche d'images pour "castellion à vandoeuvres"CASTELLION À VANDŒUVRES (1515-2015)
Droz, 2017, 93 p.

Le vif intérêt actuel envers Sébastien Castellion semble en partie lié au discernement qu’il ouvre entre raison et foi, recherche de sens et affirmation dogmatique, responsabilité des autorités civiles et autoritarisme ecclésiastique, notamment.
Son fameux « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme », est bien mis en lumière par les quatre Conférences prononcées à Vandœuvres, où il a vécu et proche de Genève, pour les 500 ans de sa naissance. Elles offrent des éclairages latéraux qui donnent du relief à la compréhension de l’œuvre, de son contexte, et de sa modernité.
Après une utile présentation de Vincent Schmid, c’est Marie-Christine Gomez-Géraud qui ouvre ces quatre éclairages. Elle a beaucoup fait pour que l’œuvre de Castellion soit accessible de nos jours. Avec des exemples savoureux, elle observe le labeur de Castellion, traducteur de la « Bible en français » dans un langage « entendible » pour tout le monde (alors que sa précédente « Bible en latin » présentait l’élégance des grands classiques antiques, qu’il avait déjà traduits abondamment !). La Bible n’est pas réservée aux « lettrés », elle est aussi destinée aux « idiots » et aux « gueux ». M.-C. Gomez-Géraud en présente bien des conséquences.
Parmi ces conséquences, Max Engamarre s’intéresse aux « rapports possibles entre l’Église et l’État ». Alors que, dans la mouvance de Calvin, « Théodore de Bèze associe étroitement l’Église et le magistrat », selon Castellion « il n’appartient pas à ce dernier de punir les hérétiques », « même s’il est concerné par des questions de religion ». Il est de son « devoir de punir les transgressions de la religion naturelle » mais pas « de la religion chrétienne ». Le magistrat « n’est pas ministre de Dieu ». Castellion s’appuie sur la distinction de Théodore de Bèze lui-même, entre infidèles et hérétiques. Cela permet à Sébastien Castellion d’inclure Servet parmi les infidèles, puisqu’il le considère comme s’étant placé hors de l’Église. Donc…
À son tour, Michel Granjean reprend le thème de la fameuse phrase de Castillon, qui le fait passer pour un héros-précurseur de la « tolérance », alors que celle-ci n’entrera réellement en débat qu’à partir des « Lumières ». Castellion propose plutôt, avant Descartes, une « méthode » dont « la rigueur, de l’université médiévale à la science contemporaine, n’a rien perdu de son actualité : l’art des distinctions ». II reproche ainsi à Calvin de maintenir une confusion délibérée entre « blasphème » et « hérésie »… L’hérésie est une « opinion théologique portant sur des questions à propos desquelles le doute est légitime… » (entre autres, la prédestination).
Le pasteur Philippe Fromont présente enfin des éléments « castellioniens » d’une « théorie de la connaissance », pouvant aider « à l’élaboration d’une religion non-dogmatique, au service de la liberté et de la paix » et « à une valorisation de l’errance en recherche théologique ». La connaissance est un thème libérateur, mais pas décisif pour le salut.
Au fil des pages, d’autres aspects sont éclairants, comme le travail sur les « textes-sources », leurs « obscurités » et la « translation vers les lecteurs-cibles ». Ou l’articulation foi/raison, celle-ci étant l’outil majeur, mais l’important restant de « vivre saintement ». Castellion est « étonnamment moderne : l’individu n’est pas au centre du monde, et ne peut par conséquent pas définir le vrai du faux à partir de soi-même. On est toujours l’hérétique de quelqu’un. »
Compte-rendu de François Coester, paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018