Baptiste Monsaingeon : HOMO DETRITUS



Homo detritusHOMO DETRITUS. Critique de la société du déchet
Baptiste Monsaingeon
Seuil, 2017, 280 p., 19 €

Il s’agit d’un essai issu d’une thèse de philosophie sur les enjeux sociaux et anthropologiques des déchets ménagers. Le livre mêle donc des approches diverses : historique, ethnologique, sociologique, symbolique et philosophique.
Après un constat - nous sommes entrés dans l’ère du déchet - l’auteur fait l’analyse d’un « bon comportement » : éliminer nos déchets. Cette attitude servirait, entre autres, à masquer le fait que nous les produisons, à masquer donc tout le processus de consommation.
L’auteur fait ensuite un détour historique pour caractériser la notion moderne de déchet et l’ensemble de comportements qui y correspond. L’impact sur la société est l’émergence du domaine du recyclage avec ses enjeux environnementaux. Nous sommes à la fois les bénéficiaires et les victimes d’une espèce d’universalisation : un « continent » de déchets plastiques est né.
Surproduction et gaspillage orientent nos sociétés vers de multiples formes de recyclage. Ils suscitent de nombreux mouvements contestataires en recherche d’une nouvelle pureté : la société avec zéro déchet. C’est donc, au bout du compte, la naissance d’une idéologie visant à masquer la dynamique même et le fondement de notre société de production-consommation qui est visée par l’auteur.
L’auteur se limite à la question du déchet domestique, et sur ce point son étude est exhaustive, largement documentée. Une articulation avec les notions de déchet industriel et de gaspillage, qui se situerait non plus au niveau de la consommation individuelle mais au niveau de la production de masse, pourrait mettre en évidence une dialectique, ou au moins d’autres logiques où « l’homo » lui-même pourrait parfois faire partie des detriti… !
Compte-rendu de Yves Ellul, paru dans la revue LibreSens de novembre-décembre 2017