Philippe Jacques Spener : LA VIE ÉVANGÉLIQUE. Pia desideria


LA VIE ÉVANGÉLIQUE. Pia desideria
Philippe Jacques Spener
présenté par Marc Lienhard
Arfuyen, 2017, 184 p., 15 €

Dans l’excellente collection « Carnets spirituels », voici, parmi beaucoup de rééditions importantes, celle des Pia desideria, termes que l’on peut rendre en français par Vœux ou Souhaits spirituels. Cet ouvrage est un classique incontournable de la littérature piétiste du XVIIe siècle, dû à un des principaux représentants de cette mouvance, l’alsacien puis francfortois et enfin berlinois Philippe Jacques Spener (1635-1705).
Celui-ci commence par déplorer assez longuement l’état moral et spirituel déplorable de l’Église de son époque, qui a bien oublié les écrits et la pensée de Luther auquel il se réfère tout au long de son écrit. Sa description de la néoscolastique luthérienne et des mœurs des laïcs comme des ministres est très sévère. Il propose ensuite des moyens de remonter la pente. Il souhaite une lecture plus personnelle de l’Écriture, individuelle et en petits groupes, une solidarité concrète et matérielle entre les membres de l’Église, une limitation ou modération des controverses théologiques et une formation des prédicateurs qui les prépare à vivre eux-mêmes leur foi concrètement et spirituellement pour pouvoir aider les auditeurs à vivre de la même manière.
Son idée générale est que l’Évangile s’adresse d’abord et surtout au cœur et que c’est l’homme intérieur qui doit en permanence être instruit et transformé par l’Écriture au moyen de la prédication et de l’enseignement. Cette vie croyante de l’homme intérieur est indispensable et pour les membres de l’Église eux-mêmes et pour leur témoignage vis-à-vis des juifs et des catholiques, ces derniers restant des adversaires à combatte vigoureusement.
À quel niveau faut-il lire, avec l’aide de la très utile introduction de Marc Lienhart, les Pia desiderata ? Bien sûr sur le plan historique comme un ouvrage éclairant toute une époque dans ses dimensions majoritaires et minoritaires (piétistes), avec entre autre, les citations de nombreux autres écrits analogues. Mais peut-être pouvons-nous en prendre aussi pour notre grade, chaque fois que nous penchons vers un intellectualisme sec, mais aussi chaque fois que nous nous engageons dans des critiques virulentes, contrairement à l’exemple de Spener tout à la fois convaincu et irénique.
Compte-rendu d’Olivier Pigeaud, paru dans la revue LibreSens n°233 de septembre-octobre 2017