Marc Frédéric Muller : MARTIN LUTHER (1517-2017). Puiser aux sources du protestantisme



MARTIN LUTHER (1517-2017)
Puiser aux sources du protestantisme
Marc Frédéric Muller
Olivétan, 2016, 218 p., 20 €

Comme le laissent entendre les dates entre parenthèses, ce n’est pas tant un livre tourné vers le passé et tout ce qu’il faut savoir du réformateur, qu’un livre pour discerner ce que notre vingtième et unième siècle peut et doit encore recevoir de lui, dans la différence des circonstances historiques. Comme l’exprime aussi à sa façon la vignette de couverture, il y a toujours à présent pour le protestantisme des choses à construire à partir de l’apport original du premier de ses pères fondateurs.
Nous regrettons d’avoir pris du retard à parler d’un ouvrage qui est nécessaire dans cette célébration des 500 ans de la Réforme et le restera.
L’auteur qui dans tous les domaines cite abondamment Luther, reprend bien entendu ses thèmes essentiels : la foi et la grâce, l’Écriture, l’Église, enfin l’éthique, ainsi que le témoignage qu’implique la foi chrétienne. Mais il s’entoure de nombreux penseurs et théologiens contemporains pour développer la complexité des questions et des choix à faire dans la situation d’aujourd’hui Nous n’en donnerons que quelques exemples.
L’affirmation sur la justification, que Luther redécouvre chez Paul au XVIe siècle, et qui est à base de sa protestation contre les indulgences, reste pour le protestantisme l’article capital : « le salut n’est pas à vendre ». Mais l’auteur montre que l’accord acquis sur ce point entre catholiques et luthériens en 1999 n’est pas aussi complet qu’on l’avait espéré. Ce « consensus différencié » ne conduit pas à une reconnaissance mutuelle totale ; il reste une sorte de frein ou même de blocage dans la démarche œcuménique. Les autorités catholiques continuent d’affirmer que c’est dans la seule Église romaine que subsiste la vraie Église. Malgré la bonne volonté de la « Charte œcuménique européenne » (2001) pour un témoignage commun, les divergences théologiques qui subsistent y font obstacle.
Muller ne craint pas de faire mention de ce qui maintenant choque dans certains écrits de Luther, comme les jugements et invectives contre la papauté ou contre les Juifs. Quant à l’Islam, le réformateur connaissait peu les Turcs « hérétiques ». Mais, surtout vers la fin de sa vie, il jugeait légitime de se battre contre eux.
Dans de nombreux domaines, l’auteur ne cache pas la complexité de la situation contemporaine, et des compréhensions différentes entre les différentes familles issues de la réformation, par exemple à propos du développement rapide des Églises pentecôtistes, qui ne sont plus protestantes que de loin, mais souvent plus vivantes que les Églises historiques.
Naturellement il soulève bon nombre de questions éthiques qui se posent en notre siècle et qui n’ont plus rien à voir avec le monde qu’a connu le réformateur, entre autres ce qui concerne la conjugalité, la procréation, la crise écologique, la menace pour la planète…
« Au terme de ce parcours, écrit l’auteur, il me semble que la relecture de Luther peut apporter de nombreuses pistes pour stimuler la réflexion théologique contemporaine ».
Et de conclure, car c’est bien l’essentiel dans un monde désormais si peu christianisé :
« Redécouvrir sans cesse (comme et avec Luther) la dimension libératrice de l’Évangile et de la foi chrétienne ».
Compte-rendu de Marjolaine Chevallier, paru dans la revue LibreSens n°233 de septembre-octobre 2017