Jean Zumstein : LA MÉMOIRE REVISITÉE



LA MÉMOIRE REVISITÉE
Jean Zumstein 
Labor & Fides, 2017, 550 p., 32 €

La mémoire revisitée est le résultat de bien des décennies d'un travail d'exégèse, non seulement de l'auteur mais aussi de tous ceux auxquels il se réfère soit pour les critiquer, soit pour étayer des thèses novatrices, notamment Paul Ricœur sur la relecture et les théories de Gérard Genette sur l'intertextualité.
L'Apocalypse, c'est entendu depuis longtemps, ne fait pas partie du corpus johannique lequel se compose de l'évangile et des trois lettres johanniques. Ces trois lettres s'étalent sur une période d'environ soixante-quinze ans. La « revisite » de l'évangile se fera après avoir pris en compte le titre qui figure dans les plus anciens manuscrits (ce que Genette appelle le paratexte), puis l'épilogue. Grandes questions soulevées à propos du prologue, venu plus tard à l'occasion d'une nouvelle version de l'évangile, lui-même émaillé de notes qui ont figure de relectures. Les lettres sont sans doute à lire avant l'édition définitive de l'évangile si l'on comprend la fuite des « johanniques » depuis le sud-ouest de la Turquie jusqu'en Syrie pour des raisons qui intéressent la communauté johannique en tension avec la Grande Église et les confrontations avec les gnostiques d’où procèderont le prologue puis les éléments de sa relecture. Les controverses dans les lettres apparaissent entre des enseignements gnostiques et les événements se rapportant à Jésus : « alors ils se souvinrent …et il arriva que selon les Écritures (la Thora)... » Ces événements, non remarqués quand ils se sont produits, reviennent à la mémoire de la communauté à la faveur des controverses et des persécutions qui ont amené la communauté johannique à s’enfuir vers la Syrie. Là encore des tensions se sont produites. Elles sont sensibles à la lecture des lettres johanniques et des relectures dont elles font l’objet.
Les trois lettres johanniques sont elles-mêmes parcourues de relectures, de recadrages du texte par rapport au vécu de la communauté. Les lectures s‘effectuent en remontant vers les premières attestations d’un texte qui n’est pas encore une écriture comparable à la Thora mais qui devient, au-delà des conflits d’interprétation, Écriture : l’évangile reste, à la lumière de la résolution de ces conflits, associé à la Thora, Moïse préfigurant le Christ libérateur.
Grande avancée de la compréhension de l’Évangile et des lettres qui accompagnent le devenir de communautés : après beaucoup de tensions et d’influences contradictoires la véritable identité du Christ est reconnue. La nature d’une mission que les disciples en leur temps n’avaient pas clairement discernée, ou même totalement ignorée, est manifestée. La mémoire revisitée invite à une nouvelle lecture et compréhension de la formation de l’Église primitive et des textes johanniques devenus Écritures au même titre que les autres textes du Nouveau Testament et de la Thora.
Compte-rendu de Serge Guilmin paru dans la revue LibreSens n°233 de septembre-octobre 2017