Gérard Bollon : HISTOIRE DU COLLÈGE CÉVENOL AU CHAMBON-SUR-LIGNON



HISTOIRE DU COLLÈGE CÉVENOL AU CHAMBON-SUR-LIGNON 
Tome 1, 1938-1970
Gérard Bollon
Dolmazon, 2017, 115 p., 22 €

L’auteur de l’ouvrage connaît bien le Plateau car il a été élève du Collège pendant cinq années. Il fait le choix fort louable d’écrire « un texte de mémoire, une mémoire du Bien. » Comme il le dit dans la conclusion de ce premier tome, il a su « entrevoir la continuité de la ligne suivie, celle d’une éducation chrétienne, internationale pour la paix ».
L’École Nouvelle Cévenole (dénommée ainsi à ses débuts) est créée en 1938 par le pasteur André Trocmé, arrivé au Chambon en 1934. Avec quelques amis, rejoint par le pasteur Edouard Theis, ils ont conduit cette folle aventure, sans bâtiment, sans argent, sans professeurs. En pleine guerre, alors qu’ils accueillaient des réfugiés, notamment des enfants venant des camps d’internement, ils ont su s’entourer d’hommes et de femmes de conviction. Le collège a incarné pendant ces années de guerre, et tout au long de ces trente années, des valeurs fortes de tolérance et de paix, valeurs opposées au racisme, à la haine et la violence, au rejet de l’autre, dans un esprit de résistance spirituelle. Parmi les plus de 20000 élèves qui sont passés par le collège, beaucoup ont intégré ces valeurs dans leur vie, ayant appris le sens de l’effort et des responsabilités. Le Collège cévenol conserve encore, « malgré sa fermeture en 2013, un rayonnement considérable dans le monde protestant et internationalement ».
À la fin de la guerre, grâce aux contacts repris avec les amis engagés dans les Églises américaines, grâce aussi à tous ceux qui sont venus pour des camps de travail internationaux, l’essentiel des différentes constructions ont pu être réalisées entre 1946 et 1960. Les enseignants sont venus d’horizons différents. Plus que leur formation et qualités, c’est le rôle qu’ils tiennent dans l’existence du collège qui a contribué à créer « l’esprit du collège ». Ils sont proches de leurs élèves, disponibles pour eux. Ils cherchent avant tout à former leur corps et leur esprit, à les rendre responsables. Il n’y a pas de compétition, pas de classement.
Le recrutement des élèves est également varié : jeunes du Plateau ou d’autres régions, mais aussi de l’étranger. À l’internat, on reçoit des boursiers à qui on demande quelques tâches matérielles ou de surveillance. En avance sur l’enseignement public, la mixité est dans toutes les classes ; les langues enseignées le sont par les professeurs originaires des pays concernés ; les lundi matin, un « journal parlé » réunit les grandes classes pour commenter les sujets d’actualités, les élèves ont la possibilité de participer à une très grande variété d’activités dirigées, dans les domaines artistiques, manuels et sportifs.
En 1964, le pasteur Theis, après 26 ans de direction, prend sa retraite. Le Collège cévenol connaît quelques moments difficiles qui sont exposés sobrement. La période de Mai 68 est un grand moment qui ne laisse pas le Collège indifférent. Mais les élèves et professeurs ont appris à dialoguer et, au final, personne ne cesse le travail.
Cet ouvrage, très documenté et très bien illustré, rafraîchira la mémoire des anciens du Collège et intéressera tous ceux qui, de près ou de loin, ont suivi sa grande aventure.
Compte-rendu de Jean-Paul Chapal , paru dans la revue LibreSens n°234 de novembre-décembre 2017