Évelyne Sullerot : L’INSOUMISE



L’INSOUMISE. Femmes, familles. Les combats d'une vie. Mes combats racontés à Bernard Morlino
Évelyne Sullerot
L'Archipel, 2017, 277 p., 20 €

 Cette dame de 93 ans raconte à Bernard Morlino, chroniqueur littéraire, son parcours exceptionnel marqué, avant tout, par « la volonté d'aider les femmes pour leur permettre d'avoir une vie plus épanouie tout en responsabilisant les hommes, les pères ».
 Fille d'un un couple remarquable : un père pasteur devenu psychiatre, une mère aux idées généreuses, déjà pionnière du féminisme, qui mettront « leur foi évangélique en action » et influenceront toute sa vie. Après le retour des prisonniers en 1946, la France a connu un record de mariages mais les grossesses à répétition ont créé beaucoup de tensions dans les couples d'autant plus qu'ils vivaient la pire crise du logement jamais connue en France. Évelyne Sullerot, jeune mère et professeur, décide alors, pour améliorer leur liberté, de créer en 1956 avec le docteur Marie-André Weill-Hallé « La Maternité heureuse », devenue plus tard le « Planning familial ». Ce fut une vraie bataille pour « faire avancer l'idée de donner à la femme la maîtrise de sa fécondité », malgré l'hostilité des communistes, des catholiques et même de l'Ordre des médecins... Ces deux femmes, refusant les avortements clandestins, vont désormais militer avec Lucien Neuwirth pour le droit à la contraception et obtenir en 1967 la promulgation de sa loi qui connut une application lente, les décrets ne paraissant qu'entre 1969 et 1972... Évelyne Sullerot avec ses enquêtes sur le terrain auprès des femmes et son travail de sensibilisation, a beaucoup œuvré pour la loi de dépénalisation de l'avortement même si le mérite de l'avoir fait passer en 1975 revient à Simone Veil.
 Infatigable militante pour améliorer la vie des autres sans jamais avoir agi pour défendre ses propres intérêts, nous lui devons aussi la création, en 1973, de l'association « Retravailler » qui aide les femmes au foyer à retrouver un emploi ; « SOS papa » qui défend les liens pères-enfants après une séparation ou un divorce et plaide pour la coparentalité, est aussi son œuvre ; elle sera aussi à l'initiative de la directive européenne sur l'égalité de traitement hommes-femmes.
 Tout au long de ce récit passionnant, l'auteur laisse percer une admiration inconditionnelle pour cette femme discrète mais indomptable, allant jusqu'a affirmer qu'elle eût été digne du titre de « trésor national au Japon ».
Compte-rendu de Simone Gellibert, paru dans la revue LibreSens n°233 de septembre-octobre 2017