Olivier Grenouilleau : LA RÉVOLUTION ABOLITIONNISTE

LA RÉVOLUTION ABOLITIONNISTE
Olivier Grenouilleau
Gallimard, 2017, 504 p., 24,50 €

Vouloir abolir l’esclavage, c’est d’abord reconnaître qu’il existe. En second lieu, c’est se référer à un ensemble de valeurs susceptibles de le remettre en question. En troisième lieu, c’est rassembler un consensus suffisamment large pour que la loi elle-même s’empare de ce sujet et tranche en faveur de l’abolition.
Plus largement, envisager l’esclavage c’est le considérer dans l’ensemble de ses dimensions et non pas se limiter à une analyse immédiate, le plus souvent polémique.
Trois dimensions selon l’auteur, peuvent nous permettre d’approcher cette réalité, mais lesquelles ?
Tout d’abord historique. D’ailleurs,e et XVIIIe siècles occidentaux ont renoué avec ce mode que les XIXe et XXe ont remis en cause.
nous rattachons souvent aux premiers temps de l’Histoire la coutume d’asservir ses ennemis. La Bible résonne des cris de peuples sous le joug. À moins qu’elle n’encourage elle-même cet asservissement. Les Antiquités grecque et romaine nous ont de même longuement décrit les traits civilisationnels d’un mode de vie où l’esclave prenait place de la façon la plus habituelle. Les XVII
Dimension géographique quasi-universelle ensuite : il semble que, quelle que soit la civilisation considérée, asiatique comme africaine, européenne comme américaine, l’esclavage ait souvent constitué un recours. Nous pourrions dire que cette force de travail a constitué un gisement dans lequel l’homme a toujours largement puisé pour satisfaire à ses besoins.
Dimension thématique enfin : religion chrétienne comme musulmane ont trouvé une justification plus ou moins argumentée à la mise en sujétion de populations entières. Ce sont bien sûr les aspects économiques qui ont alors prévalu.
Ceci étant posé, l’intérêt premier de cet ouvrage réside dans l’examen de la doctrine abolitionniste, de sa rhétorique. Dans sa seconde partie, l’auteur évoque le caractère premier de l’impératif moral avec une passionnante rigueur.
Dans une dernière partie intitulée « L’internationalisme », O. Grenouilleau s’attache à explorer universalisme des droits de l’homme et intérêts nationaux. Puis s’interroge sur les liens entre abolitionnisme et colonisation.
Cet ouvrage imposant et important est d’une lecture aisée, fourmillant de vie, admirablement documenté et référencé. Merci à l’auteur pour une bibliographie d’une si grande profondeur.

Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°232 de juillet-août 2017