LA SAGA BOST. Une famille protestante (XVIIe - XXIe siècle)

LA SAGA BOST. Une famille protestante (XVIIe - XXIe siècle)
Patrick Cabanel et Laurent Gervereau (dir.)
Labor & Fides, 2017, 356 p., 35 €

Ce très beau livre, abondamment illustré, est un exemple « du bon usage de la commémoration », comme l'écrit Patrick Cabanel. En effet, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de John Bost, plusieurs historiens ou critiques (onze contributeurs) se sont penchés sur les autres membres de sa famille qui s'étaient illustrés dans divers domaines. Dans un chapitre très intéressant, Cabanel replace la famille Bost parmi d'autres dynasties protestantes qui, de générations en générations, fournissent des cadres aux Églises, mais aussi des talents variés aux élites françaises. Il remarque qu'il y a une surreprésentation relative des élites dans les minorités confessionnelles, et il insiste sur le rôle des pasteurs dans la constitution des dynasties. On peut toutefois regretter qu'il ne rappelle pas combien de pasteurs les Bost ont donnés depuis Ami (1790 -1874). Ce père de John a eu dix fils dont six ont été pasteurs, cinq en France et un à Liège, qui eux-mêmes se sont multipliés... Avec Ami Bost, c'est toute l'époque du Réveil que fait revivre André Encrevé, nous montrant Ami en missionnaire « fatigué, triste et pauvre », sillonnant à pied la Suisse, la France, l'Allemagne, pour dire la bonne parole. En 1843, ce Suisse reprend la nationalité de ses ancêtres partis après la Révocation, et peut devenir pasteur en France. Sa femme Jenny et lui mourront trente-et-un ans plus tard, chez leur fils John, après y avoir fêté leurs noces de diamant. Ami a aussi composé des cantiques, paroles et musique. John est leur fils le plus connu. Deux articles lui sont consacrés, et un à Eugénie son épouse qui l'a tant secondé. Nicolas Champ explique comment se sont constitués les Asiles, avec quels financements, alors qu'Olivier Pigeaud cherche à analyser ce que fut le pasteur de paroisse que John a été pendant trente-sept ans à La Force, ce qui est difficile tant le fondateur des Asiles tend à occulter son rôle pastoral. L'autre fils d'Ami qui a droit à un chapitre, c'est le neuvième, Théodore, qui émigra aux États-Unis, avec l'espoir d'y faire fortune mais qui, hélas, malgré un travail persévérant, connut bien des métiers et bien des déboires. Il est à l'origine des Bost américains, comme d'autres fils d’Ami ont des descendants, de l'Ecosse à l'Australie !
 Sautons une génération, pour trouver Charles Bost, fils d'Elisée, le dixième fils d'Ami. Charles est pasteur et historien. On lui doit plusieurs livres sur le protestantisme dont son chef d'œuvre, Les prédicants protestants des Cévennes. Et à la génération d'après, ses trois fils Pierre, Charles-Marc, aussi historien, et Jacques-Laurent. À Pierre on doit de nombreux romans qui furent de grands succès, mais ce dont on se souvient le plus aujourd'hui c'est son œuvre de scénariste, notamment dans sa collaboration avec Aurenche. Quand on lit la liste des cinquante-trois films de sa filmographie, on y retrouve tous les succès inoubliables du cinéma des années cinquante. Son petit frère Jacques-Laurent a été pris « dans la spirale sartrienne » selon le titre fort juste d'Annie Cohen-Solal. C'est au lycée du Havre que, comme élève, il fait la connaissance de son professeur de philosophie Sartre, bien anticonformiste, début d'une amitié et d'une collaboration littéraire durable. Désormais « le petit Bost » est incorporé à cette « famille », ou plutôt contre-famille, où se mêlaient contributions littéraires et liaisons amoureuses, et dont les Mémoires de Simone de Beauvoir donnent une vision plutôt idéalisée. Encore une génération pour trouver Renaud, « le chanteur protestant », descendant aussi d'Elisée, et qui dit partager les valeurs protestantes d'humanisme, antiracisme et tiers-mondisme. Sa croix huguenote serait-elle alors authentiquement portée ?
 Les dernières contributions à ce beau livre parlent de la Fondation aujourd'hui (Christian Galtier), de ce que représente la création d'un musée « Maison John et Eugénie Bost » à La Force (Laurent Gervereau), et montrent les œuvres d'art réalisées par les résidents.
Compte-rendu de Barbara Lavigne, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017