Jérôme Cottin : QUAND L’ART DIT LA RÉSURRECTION

QUAND L’ART DIT LA RÉSURRECTION
Jérôme Cottin 
Labor & Fides, 2017, 196 p., 22 €

Un ouvrage exceptionnel qui donne à voir, entre le VIe et le XXIe siècle, huit œuvres réalisées sur le thème de la résurrection. Un très beau parcours qui allie l’herméneutique biblique et l’analyse de deux mosaïques et de six tableaux. La première étude porte sur la mosaïque d’abside de la basilique Saint-Apollinaire in Classe ; puis six tableaux aussi connus que le Retable d’Issenheim de Mathis Grünewald, le Christ en croix de Cranach l’Ancien et le Jeune, les pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt, les disciples Pierre et Jean courant au Sépulcre au matin de la Résurrection d’Eugène Burnand, le semeur au soleil couchant de Van Gogh et dans un registre plus récent, Grande Résurrection du Christ II d’Otto Dix et Résurrection, étonnante et superbe mosaïque en suspension de Valérie Colombel.
L’ouvrage n’est pas une description technique ou structurale des œuvres, mais, bien plus, une réflexion qui porte sur ce qui est à voir et le rapport entretenu avec le texte biblique. On comprend à quel point Calvin devait être irrité par la profusion des crucifix, calvaires et autres tombeaux. Et de fait les artistes réformés s’abstiennent de telles représentations. Rembrandt, Burnand ou Van Gogh préfèrent l’éclat de la lumière et la réflexion sur ce que rapportent les Écritures des évènements, miracles, transfiguration, guérisons… La lumière, l’illumination, le soleil ou le contre-jour seront davantage choisis pour finalement rejoindre l’Écriture par le montré-caché qui ouvre l’espace d’une réflexion au lieu d’imposer une dogmatique du regard. Ainsi les réformés souvent tenus pour des iconoclastes ont cependant inspiré des peintres plus prudents à l’égard de ce qui pourrait devenir objets d’idolâtrie ou d’adoration en puisant leurs images dans la méditation des Écritures. Leur lecture de la Bible les conduit à écarter de leur peinture l’attirail religieux (catholique, en un mot) pour se rapprocher de l’humanité des personnages et de la normalité de la nature. Ce n’est pas la résurrection qui est montrée mais ses effets : l’étonnement, la frayeur puis ce que l’on peut appeler l’ensoleillement des êtres, leur accès au monde nouveau de l’espérance.
Ce que le livre propose c’est de découvrir la force spirituelle de quelques œuvres qui témoignent autant de l’art de leurs auteurs que de leur compréhension du texte biblique. Par la discrétion des images religieuses, ils rejoignent une théologie du process, d’avancée au-delà des catéchismes établis.
Le choix, en dernière analyse, de la mosaïque de Valérie Colombel, Résurrection, vient confirmer, dans notre modernité, cette permanente éclosion qui accompagne les artistes, croyants ou non, lorsqu’ils procèdent à l’interprétation des textes. Ils font naître, au cœur de ceux qui les contemplent, de vivifiantes questions. Le livre ne s’achève pas par un épilogue mais par un « élargissement » qui permet au lecteur, sur le plan biblique, théologique ou esthétique, de continuer son chemin.

Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017