François Vouga, Henri Hofer et André Jantet : DIEU SANS RELIGION

DIEU SANS RELIGION
Les origines laïques du christianisme
François Vouga, Henri Hofer et André Jantet
Labor et Fides, 2016, 256 p., 24 €

Poursuivant son entreprise commencée avec l’ouvrage intitulé La religion crucifiée, l’excellent exégète qu’est François Vouga trace, avec le concours de deux théologiens hors norme, son sillon vers un christianisme, et même plus précisément une Église sans religion. L’ouvrage ne donne pas de définition précise de ce que les auteurs entendent par religion et sécularisation. Cela se dégage peu à peu des lectures bibliques et des interprétations qui en sont données. Voici ce qu’ils écrivent presque à la fin du livre : « l’usage positif que nous faisons de la sécularisation découle de l’opposition que nous percevons entre une Église fondée sur l’incarnation événementielle d’une présence de la transcendance, et la religion comme système de croyances, d’observances et d’institutions sociales et privées destinées à dompter l’ambivalence des puissances irrationnelles qui menacent la vie ou, si l’on en prend convenablement soin, assurent le salut ». Ils se situent explicitement dans la lignée de Karl Barth qui effectivement, en des termes différents, opposait foi chrétienne et religion (à ne pas confondre avec l’opposition entre christianisme et religions).
C’est en proposant la lecture de bien des textes des Évangiles et de Paul que nos auteurs montrent comment Jésus, puis Paul, ont posé les bases d’une vie de foi et de communauté dégagée des travers de ce qu’ils ressentent comme religieux au mauvais sens du terme. Le premier chapitre examine des paraboles où Jésus parle de repas et d’accueil. Le poète conteur qu’est Jésus propose une convivialité ouverte, libérée des critères sociaux et religieux. Les contes de Jésus, petites tragicomédies, permettent à l‘auditeur de changer d’attitude dans ses relations à Dieu et aux autres.
Dans un second chapitre les textes examinés permettent de constater comment Jésus met lui-même en pratique la commensalité ouverte. Jésus, mangeur et buveur avec tous, bouscule les codes jusque dans le temple qui devient un lieu où l’universel peut et doit être vécu. Les deux chapitres suivants sont consacrés aux récits de la passion et de la résurrection de Jésus dans les Évangiles et la lettre aux Galates, puis au baptême, à la cène et au lavement des pieds. À chaque étape de la lecture des textes, c’est la sortie de systèmes religieux qui est mise en avant, ainsi que l’ouverture et le caractère à la fois subversif et universel du message.
Enfin l’examen du chapitre 12 de la Lettre aux Romains permet de présenter un Paul très laïque, acteur d’une sécularisation qui, sans ignorer Dieu, le met peu en avant. Cela mène à cinq thèses finales sur l’Église. Elle rassemble ce qui a été dit à son sujet à a fin de chaque chapitre. Nos auteurs visent une Eglise non institutionnelle, certes en continuité avec son passé, mais très événementielle, existentielle et universaliste, toujours à réformer, pourrait-on dire, bien que l’expression ne soit pas utilisée.
Il n’y a pas d’index des textes bibliques mais le sommaire détaillé permet de retrouver les passages bibliques proposés à la lecture, une lecture qui cherche en permanence à dégager le message de Jésus de ses enveloppes rédactionnelles. Car il s’agit bien d’un ouvrage non seulement de théologie et d’ecclésiologie, mais aussi d’exégèse. Très remarquable.
Compte-rendu d’Olivier Pigeaud, paru dans la revue LibreSens n°229 de janvier-février 2017