EUGÉNIE BOST. Femme de tête, de cœur et de foi

EUGÉNIE BOST. Femme de tête, de cœur et de foi
Gabrielle Cadier-Rey (éd.). Préface de Laurent Gervereau
Ampélos, 2016, 514 p.

 Le livre est gros et il est écrit petit. L'éditrice de ce Journal nous avertit cependant qu'elle a supprimé les deux-tiers du texte, notamment beaucoup de répétitions, et qu'elle ne pouvait en enlever davantage afin que le texte garde son caractère et son intérêt. Tel quel, ce Journal d'Eugénie Bost, avec une intéressante introduction et des notes abondantes, se révèle un outil de travail pour la connaissance de l'intérieur du protestantisme en général et des Asiles en particulier. Il nous en apprend beaucoup sur la construction des Asiles (décidés empiriquement par John quand surgissait une situation nouvelle), sur leur fonctionnement, sur leur financement (les différentes façons de trouver l'argent nécessaire), etc. Mais, vu l'importance prise par les Asiles, ce Journal témoigne aussi concrètement du dynamisme et des divisions du protestantisme du XIXe siècle, grâce aux activités et aux discours des nombreux pasteurs qui traversent ce livre. Les voyages de John et d'Eugénie permettent également de rencontrer la nomenklatura huguenote ou l'aristocratie britannique en séjour sur la Côte d'Azur.
 Eugénie Ponterie a voulu épouser John Bost qu'elle admirait depuis son enfance. Et chez elle son amour pour John et le sentiment que Dieu la veut à cette place se confondent. Elle va donc se dévouer totalement à l'œuvre de son mari, tenant table ouverte pour les visiteurs des Asiles, les visitant quasi quotidiennement, assurant une bonne part de la correspondance, apaisant les susceptibilités du personnel et plusieurs fois les aidant financièrement au détriment des siens. Car, en même temps, Eugénie doit gérer un important domaine agricole et son personnel, la vente de son vin et de ses volailles, administrer une maison toujours pleine, élever ses enfants, donner des leçons autant à ses enfants qu'à des jeunes gens à qui elle apprend à jouer de l'orgue. Et quand elle estime la santé de John vacillante, elle l'accompagne dans ses voyages de collecte. À mesure que John vieillit, ses tâches à elle se multiplient et il s'appuie de plus en plus sur elle, tout en manifestant un caractère fort ombrageux qui la fait souffrir. Elle est surmenée et le mot « fatigue » doit être celui qui revient le plus souvent, autant pour elle que pour John. D'ailleurs ils meurent précocement, John à 61 ans et elle à 53 ans.
De ce Journal il ressort le beau portrait d'Eugénie Bost sans qui l'œuvre de John n'aurait pas eu la même ampleur. Les difficultés de toutes sortes ne lui ont pas manqué, mais sa foi l'a toujours soutenue et elle pouvait écrire : « Le secours me vient de Dieu. Il m'assiste chaque fois que je l'appelle ».
Compte-rendu de Barbara Lavigne, paru dans la revue LibreSens n°229 de janvier-février 2017