DIPLOMATIE ET RELIGION

DIPLOMATIE ET RELIGION
Au cœur de l’action culturelle de la France au XXe siècle
Gilles Ferragu et Florian Michel (dir.)
Publications de la Sorbonne, 2016, 276 p., 25 €

Cet ouvrage collectif est passionnant ! Il révèle un aspect tout à fait méconnu de la politique diplomatique de la France.
J’avais eu la chance de découvrir cet aspect des choses à Jérusalem en rencontrant il y a quelques années le Consul général de France, puis en participant chaque année aux rencontres avec le conseiller pour les Affaires religieuses du Ministère des Affaires Étrangères (avec le Président de la FPF et le Président du Défap), mais j’ignorais que ce fut un volet aussi important des Affaires Etrangères de la France.
Pour faire court, disons qu’en tout cas depuis un accord passé entre François 1er et le sultan Soliman le Magnifique, la France est désignée comme « protecteur des catholiques de rite latin » dans les Lieux Saints à Jérusalem, et ensuite dans divers pays de l’Europe de l’Est et du Moyen Orient. Cela signifie des honneurs particuliers au représentant de la France lors de messes consulaires, avec bénédiction en priorité du Consul (ou Ambassadeur) de France… Et de grosses rivalités avec les représentants de l’Italie ! L’instauration de Nonces Apostoliques, c’est-à-dire d’ambassadeurs du Vatican dans les différents pays n’a pas mis fin à cette particularité.
Plus étonnant, la rupture diplomatique de la France avec le Vatican, puis la séparation des Églises et de l’État en 1905 n’ont pas mis fin à ces relations particulières (une phrase revient dans toutes les contributions de ce livre comme un refrain, phrase attribuée à Gambetta : « La laïcité n’est pas un article d’exportation »).
Il faut savoir d’ailleurs qu’Aristide Briand, qui avait été rapporteur de la Loi de séparation de 1905, est quelques années plus tard le Ministre des Affaires Étrangères qui a fait rétablir des relations diplomatiques avec le Vatican !
Donc cet ouvrage collectif étudie, régions par régions et selon diverses périodes, l’importance de ces relations entre nos diplomates et la religion. À lire absolument par tous ceux qui croient que la « laïcité à la française » est contre la religion…
Compte-rendu d’Yves Gounelle, paru dans la revue LibreSens n°230 de mars-avril 2017