Flemming Fleinert-Jensen : AUJOURD’HUI – NON PAS DEMAIN !

Aujourd’hui – Non pas demain ! La prière de Kierkegaard
Flemming Fleinert-Jensen 
Olivétan, 2016, 135 p., 14 €

Un langage peut-être inhabituel pour beaucoup de lecteurs. Les prières de Kierkegaard sont à lire à haute voix. Bien loin de la répétition de classiques textes liturgiques ou bibliques, elles manifestent un véritable dialogue : paroles abondantes de l’A. qui expriment ses pensées les plus profondes jusqu’au moment où elles deviennent plus retenues et parviennent au silence, jusqu’à la grâce de l’écoute et de la reconnaissance de Dieu. Ces textes sont à la fois adressés aux trois personnes de la Trinité et à l’Église dont il critique vivement le manque de cohérence, les contradictions et la faiblesse du témoignage. Au lieu de se confier dans une foi définitivement acquise et conditionnée par la prédication de l’Église, ne vaudrait-il pas mieux se situer dans une attitude personnelle de recherche de la foi ?
Kierkegaard ne participe pas à la spéculation théologique : il est à la fois critique, philosophe et église, l’évêque luthérien de Copenhague en particulier, n’en est pas moins respectueux de son église. La prière de Kierkegaard, comme une maïeutique, fait naître, chez ceux qui l’empruntent, la vraie disposition nécessaire. Tout comme le « shema » du judaïsme, la première réponse de l’Eternel c’est simplement « écoute ! ». Prier c’est porter attention sur soi et aussi bien sur les autres pour lesquels on prie : « produire hors de soi ce qui s’y trouve en puissance » comme l’écrit André Reix à propos d’un ouvrage de Nelly Viallaneix. C’est aussi s’instruire du présent, « vivre c’est être aujourd’hui » comme le lys des champs et l’oiseau du ciel, sans souci du lendemain, aller aujourd’hui à la rencontre de Dieu.
poète. Il est artisan de langage. C’est pourquoi ses prières dépassent les limites religieuses qui leur sont le plus souvent assignées. Kierkegaard souvent dressé contre les responsables de son
On sera étonné de savoir que Kierkegaard, porteur de tant de profondeur en ses pensées, tant de clarté en son expression religieuse, n’est pratiquement jamais sorti de Copenhague, à l’exception d’un court séjour à Berlin en 1841. Sa connaissance de l’Église est proche et critique. Et c’est pourquoi les prières qu’il exprime constituent un vif témoignage qui éclaire aussi bien notre propre vie aujourd’hui.
Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016