MINORITÉ ET COMMUNAUTÉ EN RELIGION

Minorité et communauté en religion
Sous la direction de Lionel Obadia et Anne-Laure Zwilling
Presses Universitaires de Strasbourg, 2016, 293 p., 26 €

Ce livre porte sur les communautés religieuses qui se trouvent en situation de minorité dans leur pays et souvent, de ce fait, en butte à l'hostilité de populations adeptes d'autres religions qui les redoutent et parfois les persécutent. Le cadre envisagé est immense : de l'Antiquité à nos jours et sur tous les continents. On devine que la motivation des promoteurs de l'ouvrage réside dans la terreur islamiste aujourd'hui présente dont une raison est, à l'évidence, la difficile cohabitation de populations aux traditions culturelles et religieuses très différentes.
Le malheur est que nous n'avons pas là l'œuvre d'un auteur mais de quatorze ! Chacun traite d'un aspect du sujet selon sa spécialité, sans trop se soucier des autres. Même si domine le thème indiqué ci-dessus, le résultat est un fouillis dont je ne sais trop quoi tirer. Voici néanmoins quelques faits, quelques idées. Je laisse de côté deux longs exposés, l'un sur l'histoire de l'Inde avec le problème du conflit des musulmans et des Hindous, l'autre sur l'évolution de l'athéisme, pour m'en tenir à ce qui suit.
D'abord ce qui se passa dans le monde romain à l'égard des juifs aux IVe et Ve siècles. Ils sont reconnus en tant que « nation » et, à ce titre, protégés, mais les positions d'autorité leur sont interdites. Puis, dans les pays conquis par les musulmans, un statut analogue fut adopté pour les chrétiens : ils sont protégés, mais doivent payer un impôt spécial, signe de leur sujétion. La situation des juifs dans l'Europe médiévale fut du même ordre, mis à part les débordements et les violences intervenus à la fin du Moyen Âge. L'irruption de la Réforme en France aux XVIe et XVIIe siècle entraîne un problème de même sorte. Pour l’Église, pas question d'admettre sa division. N'était-elle pas « le corps du Christ » ? On exclut donc la Réforme : elle n'était à ses yeux qu'hérésie. Sauf que, dans la pratique et passé le temps des guerres, il fallut bien s'arranger. Alors, dans telle ou telle ville de France, un modus vivendi fut mis en place, comme se partager les fonctions de magistrat.
Autre point fort intéressant : l'attitude complètement différente de la France et de la Grande-Bretagne face à la pénétration de minorités religieusement non conformes. En France, à la Révolution, on considéra que les juifs, libérés des interdits qui pesaient sur eux jusque là, ne pouvaient, au nom de l'égalité, jouir de droits particuliers. « Il faut tout refuser aux juifs en tant que nation, tout leur accorder comme individus », avait déclaré le comte de Clermont-Tonnerre. Dans cette ligne, la France considère aujourd'hui avec suspicion tout ce qui ressemble au « communautarisme », vu comme une menace pour l'unité de la République. La Grande-Bretagne, pour sa part, fait le choix inverse : chaque communauté s'organise à sa guise dans la limite, évidemment, du respect des lois. L'Allemagne hésite entre les deux modèles.
Ce livre est riche. Il colle parfaitement avec l'une de nos préoccupations majeures. Mais son accès est malaisé.

Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016