Daniel Reivax : RAOUL ALLIER

Raoul Allier. Un prédicateur en temps de guerre (1914-1917)
« Contre la résignation »
Daniel Reivax
La Cause, 2016, 150 p., 10 €

Professeur de philosophie, membre de l'Union des Églises Évangéliques Libres, Raoul Allier (1862-1939) est, depuis le début du siècle, chargé de cours à la Faculté de théologie protestante de Paris. Il est ce que nous appellerions « un chrétien engagé ». Il adhère à la Fédération des Étudiants Chrétiens, participe à sa revue, Le Semeur. Derrière Tommy Fallot, il est parmi les fondateurs du Christianisme Social. Disciple de Charles Péguy (qui lui ouvre les colonnes des Cahiers de la Quinzaine), il soutient Dreyfus. Il s'engage en faveur de la Séparation des Églises et de l’État, défend la cause des femmes (sans vouloir cependant leur ouvrir la carrière pastorale !). Intéressé par l'action missionnaire, il prend nettement parti pour les indigènes contre les colons et défend leurs revendications nationalistes.
Survient la Guerre. Très motivé, excellent orateur, il accepte la responsabilité que lui offre la Fédération Protestante de France de faire, dans les différents temples de Paris, des conférences où sont liées l'évocation de l'actualité et l'annonce de la Parole, au titre, pourrions nous dire de « prédicateur laïc ». Plus de quatre-vingts « conférences » sont ainsi prononcées jusqu'en 1917 avec un succès constant. Allier est écouté avec d'autant plus de ferveur que le malheur qu'il évoque est aussi le sien, son fils de 23 ans ayant été tué dès le premier mois de la guerre.
Que dit Allier ? D'abord que cette guerre est « juste ». Certes, il convient de la mener sans haine, mais avec l'assurance que les Français sont dans leur bon droit car ils défendent leur liberté et leur territoire. Il n'a pas le moindre doute sur la totale responsabilité de l'Allemagne et soutient que le pacifisme reviendrait à refuser aux Belges le secours qu'ils attendent. Dans le propos d'Allier, deux thèmes se suivent incessamment : oui, la guerre est horrible, la brutalité sans limite, des innocents par milliers tombent… Mais le Christ aussi a connu tout cela et le débouché fut la Résurrection. Il faut donc être assuré que la justice est plus forte que la mort, qu'aux tribulations succédera le salut. « Alors, dit-il, ne vous complaisez pas dans votre douleur, battez-vous, résistez, tenez ferme. Vous qui êtes à l'arrière, soutenez ceux du front : donnez, écrivez, acceptez les sacrifices nécessaires... ». Raoul Allier est le témoin d'un protestantisme sortant, à l'occasion de la Guerre, de la marginalité qui a été longtemps la sienne, de plain-pied avec les Français, avec la République. Nous sommes les héritiers de ce protestantisme-là, même si, à l'évidence, nous sommes d'une autre époque et face à d'autres problèmes.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°228 de novembre-décembre 2016