Dominique Schnapper : LA RÉPUBLIQUE AUX 100 CULTURES

La République aux 100 cultures
Dominique Schnapper
Arfuyen, 2016, 128 p., 10 €

La France est un vieux pays d'immigration : Polonais, Belges, Italiens, Espagnols entre les deux Guerres, surtout Nord-Africains depuis les années 50. Jusqu'à ces dates, l'intégration des immigrés s'est faite assez bien, en un temps où la tradition « républicaine » donnait la priorité à l'acquisition de la citoyenneté par l'école, la langue, le service militaire et la fierté nationale. Depuis, il n'en est plus de même. Pourquoi ? C'est ce que tente d'expliquer l'auteure avec ses compétences de sociologue.
Un nouveau modèle s'est peu à peu imposé sous l'influence des pays anglo-saxons et des institutions européennes : la priorité à l'expression des particularités culturelles allant parfois jusqu'au « communautarisme », c'est-à-dire la reconnaissance dans les lois de statuts particuliers accordés à diverses communautés ethniques. L'auteur montre le danger d'une telle politique : elle cristallise des particularismes aux dépens de ce qui unit, elle va contre le principe d'égalité des droits. Aussi propose-t-elle qu'on mette sur ce plan des limites, veiller en particulier à ce que les groupes ainsi reconnus respectent bien les droits de l'homme.
On connaît les ratés de l'intégration, spécialement mis en lumière par les émeutes de 2005 en région parisienne. L'auteure analyse cet événement dramatique avec beaucoup de finesse. Des enfants d'immigrés se trouvent privés des traditions familiales de leurs parents et intègrent mal les nécessités de la vie moderne, le plus souvent parce que leur scolarité ne débouche pas sur un emploi stable. Certes, l'assistanat empêche la véritable misère mais a l'énorme inconvénient de créer des humiliés, bientôt emplis de haine contre la France et sa culture, haine qu'attise, comme on sait, l'extrémisme islamiste. Jouent parallèlement la dégringolade du patriotisme, de la fierté d'être français et le relativisme moral que charrie de nos jours un système médiatique irresponsable avec l'exemple de familles désunies, de la liberté sexuelle sans limite. Joue aussi la disparition du fatalisme des parents au profit d'un esprit de revendication manifesté sans pudeur. La fameuse question de la burqa en est un exemple. Pour l'auteure, son interdiction est pleinement justifiée car c'est une atteinte à l'ordre public. Les femmes qui la portent voient sans être vues, ne peuvent dès lors être reconnues et s'extraient par là même de la société. La conclusion est un appel aux responsables musulmans pour qu'ils prennent conscience du mal fait à leur religion s'ils ne prennent pas en mains sa réforme.
Ce petit livre est clair, net, en plein dans notre actualité et je le recommande.

Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°227 de septembre-octobre 2016