Christos Ikonomou : ÇA VA ALLER, TU VAS VOIR

Ça va aller, tu vas voir
Christos Ikonomou
Quidam, 2016, 221 p., 20 €

Seize nouvelles, regroupées sous le titre « Ça va aller, tu vas voir », ainsi se présente cet ouvrage de C. Ikonomou, journaliste grec, qui a déjà publié d’autres recueils de nouvelles.
C’est la Grèce d’aujourd’hui qui nous est présentée ici, une Grèce en proie aux pires difficultés économiques, sociales, politiques. Loin de l’image de carte postale de vacances heureuses au soleil : ici, dans les faubourgs, les zones portuaires sans activité, les entrepôts fermés, le ciel est souvent bas, gris, il fait froid, il pleut, la mer est hostile. Et les « héros » de ces récits sont de pauvres gens, sans argent, sans travail, souffrant du froid et même de la faim, sans espoir. Il ne leur reste que leurs rêves : rêves de partir ailleurs, de retrouver du travail, de recevoir de la « Sécu » de quoi se soigner, de quoi acheter « un œuf Kinder pour le petit ».
« Et ça va aller... » pourtant. Récits bouleversants, qui seraient désespérants s’il n’y avait en filigrane la présence d’un peu d’amour, d’un peu d’amitié et de solidarité. Il y a aussi de l’ironie, de la fantaisie, même de la poésie. Le talent de l’A. est vraiment exceptionnel, pour nous rendre si proches ses personnages. On a l’impression de les voir, de les entendre, avec leurs mots à eux, dans leur langage imagé, coloré, brutal parfois, mais toujours très vivant.
Au service de ses récits, l’A. emploie une langue d’une incroyable variété, tout à la fois pauvre, simple, précise, concise. Le lecteur est parfois frappé par d’éblouissantes trouvailles poétiques qui jaillissent soudain, inattendues.
Par la profondeur des sujets traités, la richesse de l’évocation de la vie dans la Grèce d’aujourd’hui, par la diversité des personnages de ces nouvelles, ce livre est un vrai régal de lecture.
Il faut apprécier la qualité du travail du traducteur : difficile, sans doute, de traduire une prose si irrégulière dans la conception originale, avec des sous-entendus et sa ponctuation fantaisiste. C’est une écriture véritablement anarchique. Mais le résultat est une totale réussite : c’est un livre qu’on ne lâche pas.
Compte-rendu de Paule Baltzinger, paru dans la revue LibreSens n°227 de septembre-octobre 2016