Rémy Hebding : PIERRE BAYLE


Rémy Hebding 
Pierre Bayle. Une foi critique
Olivétan, 2016, 135 p., 14 €

Le lecteur protestant attaché à la démocratie se réjouira de retrouver Pierre Bayle, trop méconnu dans notre histoire des philosophes et des prémices de la République. Il ne se présente certes pas comme un idéologue bardé de certitudes mais comme un acteur di
scret,
chercheur de paix et de tolérance, un peu comme le fut Spinoza. Ce petit livre montre que les réformés ne furent pas des activistes engageant sur tous les terrains de nouveaux combats. Pierre Bayle, au moment de commencer ses études, se convertit au catholicisme... et cela ne dura qu’une année. Au collège protestant de Puylaurens il retrouve la foi de ses pères, mais ne se contente pas de l’exprimer comme une théologie convenue : sa critique touche aussi bien l’ordre de la société dans laquelle il vit. Il donne à penser à la laïcité et à la séparation des pouvoirs. Exilé à Rotterdam il ne cesse de faire prévaloir des idées qui lui valent l’opposition radicale de l’ordre clérical de France. Son frère cadet sera emprisonné à Toulouse dans des conditions de totale inhumanité et Pierre Bayle se demandera toujours si, par la publication de ses écrits, il n’est pas responsable de sa mort. On sera étonné de la pertinence en notre temps des nombreuses questions qui déstabilisent les points de vue établis sur l’athéisme, le mal, le rapport entre foi et raison, l’oppression intellectuelle. La liberté de penser, d’écrire et de critiquer trouve avec Pierre Bayle des voies qui annoncent les Lumières sans se départir des solides convictions de la foi réformée. Il y a de quoi être reconnaissant pour un modeste ouvrage qui situe un auteur trop oublié du XVIIe siècle parmi les composantes de notre République et de la créativité de la Réforme.

Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°226 de juillet-août 2016