Fabrice Luchini : COMÉDIE FRANÇAISE

Fabrice Luchini
Comédie française. ça a commencé comme ça...
Flammarion, 2016, 250 p., 19 €

Tout est annoncé dans le titre du livre et le lecteur sait à quel spectacle il peut s’attendre. « Comédie française », pas la compagnie célèbre, mais notre manière d’être, à Paris surtout, quand tout est à la fois et tragique et risible. Mais avec la candeur des commencements dans le monde du spectacle qui est plutôt le théâtre de la parole : « ça a commencé comme ça ».
On s’apercevra bientôt que ce Luchini est moins un beau-parleur ou un bien-disant talentueux qu’un interprète créateur des textes qu’il va dire. Il le confesse à la fin de son autobiographie : « La poésie, c’est une rumination, c’est une exigence dix fois plus difficile qu’un texte de théâtre. La poésie demande une vulnérabilité, une capacité d’être fécondé. Elle m’accompagne : avec elle, j’essaye d’avancer dans le mystère du verbe et de la création... »
L’acteur – soit le poète qui fait advenir la parole – cite longuement ses sources et ses amours, les auteurs prestigieux de la langue et de la comédie française, Les femmes savantes de Molière, Le bateau ivre de Rimbaud, et la magnifique quoique nihiliste écriture de Céline. Enfin Nietzche est là souvent, avec les larmes et les chansons de Zarathoustra.
Parmi les grands noms du théâtre et du cinéma, on croise avec profit et humour Louis Jouvet et Jean-Pierre Marielle, Alain Delon et Eric Rohmer, et Roland Barthes dont les cours du dimanche matin « sont comme la messe ».
L’exigence de qualité culturelle et d’authenticité personnelle avec laquelle Fabrice Luchini envisage son service de la Parole peut donner à penser aux acteurs d’un autre ministère. Je pense à nos lectures publiques du Décalogue, de Moïse, ou des Béatitudes de l’Évangile. Dans son « Évangile selon saint Matthieu », le Jésus de Pasolini lançait celles-ci comme des pierres. Nous optons souvent pour un ton sucré. Mais toute parole est un défi, nous rappelle Luchini, la comédie est aussi tragique et celui qui débute n’a jamais fini « d’avancer dans le mystère de la création ».

Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°226 de juillet-août 2016