Annick Sibué
Luther et la Réforme protestante
Olivétan, 2016, 194 p., 18 €

Le 500e anniversaire de la Réforme protestante, inaugurée en 1517 par Martin Luther et ses 95 thèses sur les indulgences, va être l’occasion de publications et manifestations nombreuses en Europe et dans le monde. Avec la course en tête des meilleures ventes et les concurrences éditoriales, il vaut mieux prendre de l’avance. L’avalanche luthérienne a commencé, comme il y a quelques années le tsunami calviniste. Et dans cette abondance de société riche en experts et en diffuseurs, il faut bien faire des choix.
C’est pourquoi je donnerai une priorité au livre ci-dessus annoncé. Il est la réédition, revue et augmentée par l’auteur, du même titre paru en 2011 chez Eyrolles : cette maison d’édition est connue pour son art qui combine l’exigence intellectuelle, la distance religieuse et le souci pédagogique. Nous avons donc avec notre éditeur protestant un ouvrage très recommandable à tous égards. Voici pourquoi.
L’approche proposée de Luther et de la Réforme protestante, par l’auteur qui est professeur agrégé d’allemand, a la double garantie de la bonne connaissance des sources et d’une objectivité historique précise. Les citations, même non référées, sont du meilleur Luther avec son humour percutant.
Autant les cartes géographiques sont illisibles, autant les encarts récapitulatifs et les diverses chronologies sont parfaits.
Je relève trois points qui méritent attention et discussion. D’abord, l’auteur ne cache pas que les deux sacrements du sacerdoce universel et de la communion chrétienne, le baptême et l’eucharistie, font problème tant dans le protestantisme qu’avec le catholicisme. Ou encore : l’antijudaïsme religieux et théologique de Luther et du Moyen Âge n’a rien à voir avec
l’antisémitisme racial des temps modernes. Enfin, nous aurons eu le tableau vivant, très nuancé mais jamais ennuyeux, de ce luthéranisme qui est tout à la fois évangélique et confessant, mais aussi protestant et plus sociopolitique qu’on ne le pense.
Luther aura été un grand inspirateur de l’actualité œcuménique et sociale, dont nous avons encore à tirer les conséquences. Un beau trait d’union entre 1517 et 2017...

Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°226 de juillet-août 2016