Abdennour Bidar : LES RENCONTRES DE LA LAÏCITÉ

Abdennour Bidar
LES RENCONTRES DE LA LAïcité
Laïcité et religion dans la France d'aujourd'hui
 Privat, 2016, 125 p., 9,80 €

L'auteur, agrégé de philosophie, de culture musulmane, est chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au ministère de l'Éducation nationale. Aussi, c'est surtout le domaine scolaire qui est spécialement abordé.
Il pose la question : Comment faire vivre la laïcité dans la société multiculturelle qui est présentement la nôtre ? Deux écueils sont à éviter : d'une part le communautarisme qui, au nom de la liberté des groupes ethno-religieux, bloque les enfants dans leur milieu d'origine et nie toute mixité ; d'autre part, l'uniformité des individus. Il s'agit, dit l'auteur, « de se rassembler sans se ressembler. »
La laïcité, dit-il aussi, n'est pas la neutralité. Elle n'a de sens qu'accordée aux valeurs de la République que sont la liberté, l'égalité et la fraternité. C'est ainsi, par exemple, que les religions, qui doivent être admises y compris dans l'espace public, ne sauraient prétendre, au nom de la liberté, bénéficier de dispenses ou d'avantages particuliers. La séparation homme-femme sur les lieux de travail ou des heures spécifiques pour les femmes à la piscine que demandent parfois les musulmans ne sauraient être acceptées.
Il reste que les religions posent un problème car – on le voit bien de nos jours – elles suscitent un clivage profond entre ceux qui se sentent libres de former leurs choix et ceux pour qui l'obéissance à la volonté divine est prioritaire. L'auteur fait, sur ce point une proposition : nous pourrions, dit-il, adopter une « valeur spirituelle » qui serait commune aux croyants et aux non croyants, qui serait notamment admissible par les musulmans, c'est la fraternité. En ce sens, il souhaite la réintroduction à l'école d'un enseignement de la morale où les valeurs d'honnêteté, de pardon, de droiture, de générosité, de tolérance seraient réhabilitées. Il m'est apparu, à cet égard, que l'auteur retrouvait simplement ce que Jules Ferry avait jadis voulu mettre en œuvre. On ne saurait être contre, mais cette morale peut-elle tenir lieu de « religion » ? Peut-elle vraiment rassembler ? Je crains que les choses soient moins simples que l'auteur le pense.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°226 de juillet-août 2016