Pierre Birnbaum : LÉON BLUM

LÉON BLUM. Un portrait
Pierre Birnbaum
Seuil, 2016, 263 p., 20 €

L’objectif de l’auteur de cette biographie fulgurante est sans doute de montrer, avec un art littéraire aux meilleurs sources, que Léon Blum n’a jamais renoncé à sa judéité. Bien plus, il en a fait tout au long de sa vie (1872-1950) une sorte de pavois avec la nationalité française et les convictions socialistes. Sa montée en puissance politique vers le premier gouvernement du Front Populaire est battue par les tempêtes odieuses de l’antisémitisme, depuis l’affaire Dreyfus jusqu’au paroxysme de la Shoah
. On comprend mieux : après l’outre-noir de cette saison en enfer, Léon Blum donnera un blanc-seing sans retenue au nouvel État d’Israël.
À tant de haine, il répondra toujours par le droit, à l’injustice par le socialisme, aux troubles par la constance, aux attentats par le sang-froid. En somme, à la barbarie par la culture. Homme de lettres, écrivain et critique, et journaliste « populaire », il s’est livré toute sa vie aux œuvres et aux combats les plus nobles. Avec une sorte d’élégance de l’esprit.
Les situations les plus urgentes n’ont pas manqué le long de son parcours, et les choix difficiles : entre le marxisme de Lénine et le socialisme occidental, à l’intérieur de celui-ci l’option entre Guesde et Jaurès, et les plus libéraux comme Charles Péguy qu’on aperçoit très peu dans la brume du soir qui termine le siècle. Plus encore, la menace allemande, le nécessaire désarmement et quelle solidarité avec les Républicains espagnols ?
Après la défaite de 1940, il reste en France, entre le faux maréchal de Vichy qu’il récuse et le fier général de Londres qu’il soutient. Résistance, racontée dans un récit qui fait monter les larmes aux yeux : « De Vichy à Buchenwald ». Lors de son procès au printemps 1942, il revendique « la fidélité à la tradition de la Révolution française ». Et De Gaulle lui écrit de Londres : « Nous connaissons ici votre admirable fermeté ».
De prison en forteresse jusqu’à la déportation, Blum garde cette liberté de penser et ce courage de vivre qui auront marqué son existence, malgré des signes extérieurs d’originalité et d’indépendance. Pourfendeur du « mariage » pour permettre la libération affective des femmes, il en épouse trois, avec les tourments et les bonheurs que réservent les aventures d’un cœur sensible « à la recherche du temps perdu ». A la littérature tout autant Blum a donné sa passion, Stendhal et Rousseau, et Goethe avec lequel il s’identifie. Le culte de la culture n’a pas de frontières.
L’authenticité permanente de ce grand homme de lettres et d’État s’inscrit dans des choix successifs, parfois contestés par la barbarie des belles âmes.
Comme l’Autre unique de ses coreligionnaires, né à Bethléem en Galilée et non à Jouy-en-Josas… Blum aura été, à sa mesure, un signe de contradiction et, avec le pauvre messianisme socialiste, un témoin de la possible espérance.
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°225 de mai-juin 2016