Antoine Peillon : RÉSISTANCE !


RÉSISTANCE ! 
Antoine Peillon
Seuil, 2016, 319 p., 19 €

Les livres d’Antoine Peillon, journaliste d’investigation à La Croix et à Mediapart, sont vraiment passionnants et documentés ; de plus, ils incitent au courage. L’A. a publié il y a deux ans Corruption en montrant comment ce fléau gagnait la France au plus haut niveau. Il fait paraître aujourd’hui Résistance ! qui traite des accointances liant deux barbaries, celle du terrorisme de Daech et celle du fric.
Tout au long de l’ouvrage, on en apprend de bien belles :
- Le terrorisme djihadiste est l’expression d’une revanche contre la richesse de l’Occident et contre ses actions militaires qui tuent en Irak de nombreux civils. De plus, il est aussi favorisé par les désastres écologiques dus au changement climatique. Ainsi, la sécheresse qui a affecté la Syrie en 2006-2010 a été, déjà à cette époque, à l’origine du déplacement d’un million d’habitants ; elle a été un facteur de déstabilisation du pays qui a suscité la guerre civile.
- L’islamisme radical et le terrorisme sont financés à partir de l’Arabie Saoudite et du Quatar ; et la France entretient avec ces deux puissances un commerce prospère, en particulier dans le domaine de l’armement. Ainsi, le terrorisme sur le sol français est financé indirectement par le versement, par la France, de « commissions » à ces états lors de la vente de centrales nucléaires et d’armements servant à bombarder les populations civiles et les trésors architecturaux du Yémen. Comme le dit un général français : « On adore les fondamentalistes religieux s’ils sont libéraux économiquement ».
- En décembre 2011, les fonctionnaires de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur ont détruit, sur ordre venu d’en haut, les informations qu’ils avaient collectées sur l’évasion fiscale, l’affaire Karachi et autres secrets et méfaits financiers, et ce afin qu’elles ne tombent pas entre les mains de la Justice et que de très hauts fonctionnaires de l’Élysée et de divers ministères ne soient pas inquiétés.
- En France, la quantité d’armes à feu (10 millions) détenue par des particuliers s’est notablement accrue, alors que le nombre de chasseurs diminue inexorablement depuis 1970.
Dans le dernier tiers de son ouvrage, A. Peillon dresse un inventaire très complet des actions de résistance vis-à-vis de l’empire de l’argent et des banques (HSBC, BNP Parisbas). Il rappelle la place de l’éthique de la non-violence; il revient sur les formes d’insoumission qui sont apparues lors de la guerre 39-45 et cite des textes et des faits peu connus, entre autres le financement de l’accueil des réfugiés juifs du Chambon-sur-Lignon par les Quakers, le Mouvement International pour la Réconciliation et les Églises protestantes américaines. Il fait confiance à tous les lanceurs d’alerte et à tous les indignés qui, chacun à leur manière, sont des créateurs de démocratie, de convivialisme et de décroissance. Chacun d’entre nous peut et doit être un petit Hans qui, par la force de son doigt, peut « résister », c’est-à-dire empêcher l’effondrement de la digue qui s’oppose aux forces immenses de la barbarie sous toutes ses formes. Et ce sera efficace, dit-il, parce qu’il y a de par le monde des millions de petits Hans.
Comme le disait déjà saint Augustin, l’espérance a engendré deux beaux enfants : la colère devant les injustices et le courage de s’y attaquer.
Compte-rendu d'Alain Houziaux, paru dans la revue LibreSens n°225 de mai-juin 2016