Régis Debray, Didier Leschi : LA LAÏCITE AU QUOTIDIEN

LA LAÏCITE AU QUOTIDIEN. Guide pratique
Régis Debray, Didier Leschi
Gallimard (Folio), 2016, 154 p., 7 €

 Cet inédit pédagogique arrive à son heure. Vous avez dit « laïcité » ... Un républicain avait répondu : « Messieurs, vous êtes d’accord avec le mot. Êtes-vous d’accord avec la chose ? » Mise à part l’adresse qui suppose un auditoire exclusivement masculin, nous sommes en pleine actualité : retour du religieux, excès de la religion, laïcité militante, soupçon généralisé, susceptibilités médiatisées, etc. Nous ne sommes plus en 1905, mais le souhait de Jules Ferry reste valable : « Pas de formules, pas d’abstractions, beaucoup d’exemples pris sur le vif de la réalité ». Telle est bien l’ambition des auteurs : ne pas rester dans le flou, savoir trancher et ne pas oublier qu’il « n’y a pas de civilité sans autodiscipline ».
Suivent 38 cas pratiques ou entrées dans l’ordre alphabétique du mot clé : depuis Aumônerie jusqu’à Zèle (excès de). Et toutes ces entrées ont une « sortie », une conclusion raisonnable et acceptable. Entre gens de bonne foi. Quelques exemples pour vous mettre l’eau des mots à la bouche : Calendrier civil, Cantine scolaire, Cloches, Crèches, Foulard, Mariage, Politique, Publicité, et Sectes, bien entendu. On prendra deux exemples. D’abord la place faite au protestantisme dans sa singularité parmi les religions, avec tel Synode capable d’une liberté provocante ; ou l’aumônerie discrète des sœurs de Reuilly. Ensuite, à titre d’exemple d’une raisonnable audace, le projet de lieux mémoriaux pour la nation, qui ne seraient plus la Cathédrale ou le Panthéon, mais les places de la République et de l’Etoile. Sur des questions plus sensibles, et elles sont nombreuses, les auteurs proposent avec sagesse des solutions qui conjuguent notre projet démocratique avec la République, « notre Royaume de France », selon la redécouverte d’une formule de Péguy. Enfin, connaissant les auteurs dont il faut souligner la compétence civique et le souci citoyen, on ne s’étonnera pas de trouver ici et là des formules en réalité plus lumineuses que brillantes, dans le genre : « Comprendre le croire n’est pas comprendre pour croire », s’agissant de l’enseignement laïque du fait religieux.
En conclusion, une suggestion. Malgré sa jaquette d’un rouge tonitruant, ce petit livre tient de la verdure végétale plus que des affrontements révolutionnaires. On pourra le lire comme un manuel – je n’ose pas dire un « catéchisme » laïque – pour des travaux de groupe entre voisins, habitants d’une commune ou membres d’une association. Il y a dans ce guide pratique du « bien-vivre ensemble » une sagesse optimiste et une lucidité réaliste qui devraient nous aider à passer le cap qui sépare une laïcité de combat d’une laïcité de consensus.
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°225 de  mai-juin 2016