Sœur Bénédicte : À LA RECHERCHE DE LA GRANDE COULEUR CHRÉTIENNE

À la recherche de la grande couleur chrétienne
L'engagement œcuménique de la communauté des diaconesses de Reuilly
Sœur Bénédicte
Olivétan, 2015, 251 p., 24 €

Le titre du livre est tiré d'une lettre de Caroline Malvesin, la fondatrice des Diaconesses en 1841. Elle a en effet dès le début voulu que la communauté qu'elle fondait soit en pointe pour rechercher l'unité du corps du Christ. A cette période, pourtant, cela n'a été possible que par la présence de sœurs réformées et luthériennes dans la communauté et par l'appui du pasteur réformé Antoine Vermeil et du pasteur luthérien Louis Vallette : le climat protestant à l'époque suspectait fortement ce projet d'être un retour au catholicisme et à sa façon de mettre l'état monastique au-dessus de tous les autres. Les sœurs se sont donc surtout impliquées dans un travail social auprès des prostituées ou des malades.
Dans les années 1860 une darbyste et une quaker ont frappé à la porte, mais n'ont pas été acceptées car elles ne pouvaient pas participer complètement à la prière des diaconesses. Il a fallu attendre 1900 pour qu'une baptiste entre dans la communauté.
Jusqu'à la deuxième guerre mondiale, il n'y eut pas beaucoup de rapports entre les diaconesses et d'autres communautés religieuses catholiques. Pendant la guerre, « une sensibilité liturgique se développe dans la communauté » et un pasteur luthérien initie les sœurs « à la liturgie de la Sainte Cène selon le rite luthérien ». Et les sœurs ont redécouvert les lettres échangées entre Sr Caroline et Antoine Vermeil et la passion pour l'unité de l'Église de la fondatrice, qui espérait le moment où on ne parlerait plus de catholiques et protestants, mais de chrétiens.
Après la guerre trois éléments vont pousser les diaconesses à sortir de chez elles pour rencontrer d'autres : d'abord le fait que d'autres communautés protestantes se créent : Taizé, les sœurs de Grandchamp, la communauté de Pomeyrol. Ensuite la recherche de l'unité de la communauté elle-même par une vie spirituelle personnelle et collective approfondie, la formation théologique, la prière, la liturgie empruntant éventuellement à d'autres traditions. Et puis le Concile Vatican II qui a poussé les sœurs catholiques à sortir à la rencontre des autres.
Il y a à cette époque un commencement de rencontres entre catholiques et protestantes, séjour des unes chez les autres, découvertes de nouvelles façons de prier et de vivre la liturgie, désir de faire des choses ensemble : c'est ainsi que sont nées la communauté d'Etoy en Suisse, formée de sœurs catholiques et de diaconesses, puis la fraternité du Mazet St Voy où vivent ensemble des frères et sœurs des deux confessions, où la table est toujours mise dans la chapelle avec les plats et les coupes vides. Bien d'autres créations ont eu lieu, et pas seulement en France ou en Suisse, mais en Norvège, au Cameroun, à Tahiti...
Il y eut des difficultés, des échecs, mais la voie tracée par Sr Caroline est suivie avec persévérance et les diaconesses en sont une cheville ouvrière discrète mais efficace.
Je n'ai fait qu'effleurer la richesse de ce livre. Les diaconesses sont toujours en recherche de plus d'écoute, de dialogue et d'unité dans l'amour - les maitres-mots du livre. C'est un livre tonique, enthousiasmant, au sens étymologique de « Dieu en moi », à lire par tous ceux qui sont passionnés par l'unité du corps du Christ et par ceux qui ne s'y intéressent que de loin... car ils feront des découvertes.
Compte-rendu d’Antoinette Richard, paru dans la revue LibreSens n°224 de mars-avril 2016