Pape François : ENCYCLIQUE LAUDATO SI’

Encyclique Laudato Si’
Pape François
Édition commentée
Parole et Silence (Collège des Bernardins), 2015, 300 p., 18 €

Nous sommes nombreux, et pas seulement des catholiques, à avoir lu et apprécié au printemps dernier l’Encyclique Laudato Si’ du pape François. Cette lettre circulaire, comme son nom l’indique, s’adresse en effet, au-delà du cercle épiscopal, à tous les humains qui veillent sur le sort de notre « maison » commune. En grec, oikumen.
On ne résume pas ce beau texte, qui est en même temps une clameur ou un cri d’alerte et une exhortation à l’espérance engagée. On y a relevé à juste titre le caractère global des questions posées notamment par le réchauffement climatique, la consommation à outrance, les injustices sociales et la limite de nos ressources. D’où cet appel à la fois économique et personnel à une frugalité faite de respect et de partage des biens.
L’encyclique pontificale que l’on pourrait donc qualifier d’encyclopédique atteint d’autant plus l’universel (la totalité du tout, selon l’étymologie non ecclésiastique de l’adjectif « catholique ») qu’elle est construite autour d’un noyau dur et d’un centre sans mélange. Entendez que toutes les références à des documents faisant autorité proviennent uniquement du milieu catholique au sens ecclésial : catéchisme de l’Église, conférences épiscopales, synode et concile, théologiens patentés, pères de l’Église ; après celui des citations bibliques, l’index témoigne de l’exclusivité des références. Sauf une exception avec Paul Ricœur qui est cité subitement entre Basile le Grand et Benoit XVI ! On aurait pu attendre surtout des références aux déclarations antérieures du Conseil œcuménique des Églises, notamment sur Justice, paix et sauvegarde de la création !... Mais qu’importe !
Car avec cette édition commentée, nous avons un bel instrument de travail dont la portée dépasse largement les nationalismes politiques ou religieux. Les résolutions exhortatives mais unanimes de la récente conférence de Paris, dite COP 21, confirment la juste intuition du pape François et de son Église. C’est pourquoi on lira avec gratitude la douzaine de commentaires signés de spécialistes qui ne sont pas forcément des dévots. Quelques titres suffisent à vous contraindre à aller à ces textes : la leçon d’économie du pape, la grande clameur, un appel irrésistible ; un cri d’alarme à la mesure d’une situation historique sans précédent. On relève parmi les signataires les noms de Jean Jouzel, Bruno Latour, Corinne Lepage ou Gérard Payen. Manquent Jean Bastaire ou Jean-Marie Pelt. Morts l’un et l’autre, « leurs œuvres les suivent ».
Ainsi quand notre bonne vieille religion, qu’elle soit catholique, orthodoxe ou protestante, se met à vouloir redevenir chrétienne, il y a du nouveau sous le soleil, du pain à portée de la main et de la joie dans le cœur de Dieu.
Maintenant, au travail, tant il est vrai aussi que « la foi sans les œuvres est morte ».
Compte-rendu de Michel Leplay, paru dans la revue LibreSens n°224 de mars-avril 2016