Boris Martin : L’ADIEU À L’HUMANITAIRE ?

L’adieu à l’humanitaire ?
Les ONG au défi de l’offensive néolibérale
Boris Martin
Charles Léopold Mayer, 2015, 131 p., 16 p.

Ce court essai, publié par le rédacteur de la revue Humanitaire à Médecins du Monde, s’est élaboré dans le creuset même du mouvement d’associations françaises telles que Le Collectif des associations citoyennes, Altermondes, Coordination SUD, …
Ce monde des ONG (Organisations Non Gouvernementales) n’a de cesse de se repenser, de se réformer. Et la critique qui lui est souvent apportée (« ONG mercenaires du village planétaire ou gardiennes des ghettos ») l’amène à se questionner sur les motifs d’une telle remise en cause. Il est loin le temps où « l’action humanitaire ne recueillait qu’assentiment et admiration ».
L’analyse de notre auteur est donc que le modèle politique, social, éthique et économique de la solidarité internationale est en danger. Quel danger précis ? « Un écosystème néolibéral » enserre de manière de plus en plus étroite les ONG. D’une part, la puissance des États s’exerce contre elles, d’autre part, l’économie de marché tente, avec un réel succès d’y prendre pied, sinon de vouloir s’en assurer un relatif contrôle. Jusqu’à concevoir le recours à des sociétés militaires privées qui « ont pu pénétrer le champ humanitaire ».
L’intitulé des trois parties de cet ouvrage engagé expose clairement les craintes que cet essai exprime : « L’humanitaire contre l’État… tout contre », « L’arrivée des entreprises : le secteur privé veut-il se payer l’humanitaire », « Vers la victoire de la dictature libérale ».
Une réflexion en forme de proposition : « De quel humanitaire le monde a-t-il besoin ? » conclut cet ouvrage d’une tonalité assez sombre.

Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°224 de mars-avril 2016