Bernard Piettre, François Vouga : LA DETTE

La Dette. Enquête philosophique, théologique et biblique sur un mécanisme paradoxal
Bernard Piettre, François Vouga
Labor et Fides, 2015, 236 p., 22 €

« Qui paie ses dettes s’enrichit ». Sentence mille fois entendue d’un grand-père né au XIXe siècle et cent fois adressée dans son enfance à votre présent recenseur. Comme, sans doute, à nombre d’entre vous, lecteurs. Comment oser aujourd’hui la contredire ? Ou du moins nuancer jusqu’à la presque réfutation cette phrase de morale intransigeante ? Toute dette peut-elle en effet trouver par une contrepartie son extinction ? Est-il des dettes inépuisables, inextinguibles ? Et, en fin de compte, lequel du créditeur ou du débiteur en est le véritable bénéficiaire ?
Processus de régulation des échanges sociaux dans les sociétés archaïques selon Marcel Mauss, le trépied donner/recevoir/rendre possède-t-il encore sa solidité première ? La venue du christianisme n’a-t-il pas institué une modification substantielle de l’échange : le « Je donne pour que tu me donnes » étant remplacé par « Je donne parce que Tu me donnes » (Do ut des/Do quia des) ?
Dans ce remarquable essai, un philosophe et un bibliste posent l’ensemble de ces questions et une supplémentaire : nous faut-il vraiment rembourser nos dettes et lesquelles ? Et nous voici engagés dans la perspective de la remise de dette, autrement dit de la rémission des dettes, expression qui, à l’oreille du chrétien figure comme « le pardon », mécanisme de remise et redéfinition de la notion de dette. Et, à ce propos, les auteurs rappellent l’écheveau de significations diverses du mot : une même étymologie latine (Debere) unit « dette » et « devoir ». Et, en allemand, Schuld signifie à la fois « faute » et « dette », de même que l’adjectif schuldig « redevable » et « coupable ».
Riche méditation, nourrie scrupuleusement de nombreuses citations bibliques (rapportées dans plusieurs traductions pour éclairer avec davantage de précision le sens profond du texte), ce travail aisé de lecture pose tant un nouveau regard sur la dette que la question de son fondement, de son dépassement et de son Au-delà.
Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°224 de mars-avril 2016