Bruno Gaudelet : LE CREDO REVISITÉ

Le Credo revisité
Bruno Gaudelet
Olivétan, 2015, 367 p., 25 €

Ce livre, écrit par un pasteur, est un commentaire du Credo mené de façon méthodique du premier au dernier mot. Pour l'essentiel il établit de façon précise et bienvenue le soubassement scripturaire des différentes affirmations. Son apport est important aussi lorsqu'il attire l'attention sur le changement de sens et de portée de différents mots qui ne sont plus à prendre comme on les prenait lors de l'élaboration de ce texte, aux confins de l'Antiquité et du Moyen Âge. Par exemple, la désignation de Dieu comme Père allait de soi dans la société patriarcale d'autrefois. Elle est plus discutable aujourd'hui ; mais n'oublions pas que, de toute façon, aucun vocable n'est parfaitement adéquat quand on veut rendre compte de réalités divines. A part cela, on peut toujours tiquer devant certaines affirmations, mais ce ne sont que broutilles. Ainsi, je trouve curieux de voir l'auteur de Genèse 1 présenté en « écologiste » quand il écrit : « Remplissez la terre et soumettez-la », car nul ne concevait ce problème à son époque. Et les bons chrétiens américains qui jadis massacraient en masse les bisons étaient moins écologistes que les Indiens animistes.
J'en viens au plus important. Le Credo saute directement de la naissance miraculeuse de Jésus à sa mort et sa résurrection, comme s'il n'y avait rien à dire entre les deux, comme si les gestes et paroles de Jésus pendant son séjour terrestre pouvaient être ignorés. C'est le point de vue de Paul et il est tout à fait légitime. Mais il y en a d'autres. De nos jours, beaucoup de chrétiens attachent plus d'importance au dire et au faire de Jésus qu'à sa naissance, sa mort et sa résurrection. Comment, dès lors, répondre à l'ambition (excellente) de Gaudelet de présenter un Credo crédible pour des chrétiens de l'âge scientifique et rationnel ? On peut expliquer le Credo - et il le fait très bien -, on ne peut pas le changer. Je pense, pour ma part, que le Credo conserve toute sa place, mais qu'il ne peut avoir quelque caractère « officiel » que ce soit. Il y a d'autres credo possibles, également légitimes. Je me permets, à ce sujet, de rappeler le petit livre d'Alphonse Maillot, Le Credo, une foi pour l'an 2000,  paru en 1979 : il n'admettait que le Credo. Je pense qu'il avait tort. Le débat est ouvert.
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°223 de janvier-février 2016