Paracelse : ÉVANGILE D’UN MÉDECIN ERRANT

Évangile d’un médecin errant
Paracelse
Textes choisis et commentés par Lucien Braun
Arfuyen, 2015, 146 p., 13 €

Paracelse, 1493-1541, de son vrai nom Aureolus von Hohenheim, médecin novateur et penseur original, n’a presque rien publié durant sa vie, mais son œuvre en allemand comptera vingt-six volumes dont il n’existe que des traductions très partielles en français, sur l’alchimie, l’astrologie et la magie. D’où le grand intérêt de ce choix de textes théologiques présentés thème par thème dont voici à titre indicatif les premiers : du baptême, de la sainte Trinité, de la résurrection des corps…
La théologie de Paracelse est, à certains égards, orthodoxe. Il prend à son compte toutes les affirmations classiques, mais en les éclairant ou les appuyant par de nombreuses analogies avec ce qu’il sait fort bien de la nature. La Trinité, par exemple est mise en relation avec tout ce qu’il y a de triadique dans le visible.
Par contre Paracelse est d’un non-conformisme absolu en ce qui concerne l’ecclésiologie, rejetant toute prêtrise et pouvoir religieux, aussi bien politique, social que spirituel. On pourrait le croire hostile à la papauté, mais en fait il s’oppose à tout ce qui pourrait réduire l’autonomie et la liberté du croyant qui, dès qu’il est né de nouveau, éclairé par l’Esprit, n’a besoin d’aucun guide sinon de la part de messagers divins très temporaires. Aucune cérémonie ou assemblée de quelque sorte que ce soit ne trouve grâce ses yeux. Ainsi, bien qu’il ait été un moment proche de Zwingli, il refuse aussi la fonction pastorale et la pratique de la prédication. Il sort aussi des normes de l’époque en étant résolument contre la peine de mort.
Faciles à lire, souvent décapants, ces textes nous donnent un aperçu utile du bouillonnement d’idées de l’époque de la Réforme, avec des questions qui sont encore pour nous en bonne partie d’actualité.
Pour situer Paracelse et ses écrits, des données biographiques et éditoriales sont fournies en fin de volume.
Compte-rendu d’Olivier Pigeaud  paru dans la revue LibreSens n°222 de novembre-décembre 2015