Mark Alizart : POP THÉOLOGIE

Pop Théologie
Mark Alizart
PUF, 2015, 328 p., 19 €

Et si le protestantisme était une clé pour comprendre les paradoxes de notre temps ? Et si, avec ou sans profession de foi religieuse, chacun d’entre nous était à la fois protestant et artiste ? Questions surprenantes introduisant à la thèse de l’auteur de cet ouvrage « décoiffant ».
Pour illustrer ces assertions et leur démonstration, Mark Alizart laboure profond : ses clés d’analyse convoquent également Montaigne, Luther, Arnold Schwarzenegger, Confucius, le jeune Werther, Lacan… Et Max Weber, et Hermann Melville, tout comme, audace suprême de l’homonymie, Jean Calvin et Calvin Klein !
Vous l’aurez compris, ce livre est un régal d’érudition et d’interrogations. Les amateurs d’art trop souvent passifs que nous sommes y trouveront de nombreuses pistes de remise en question.
Au fil des pages de cet ouvrage délicieux, les affinités entre art et protestantisme ne cessent d’être explorées, affirmées, analysées. Deux phrases en particulier ont provoqué la réflexion de l’auteur : de Luther, « Tout homme est un prêtre » ; de Joseph Beuys, « Tout homme est un artiste ». L’équation d’équivalence était rigoureusement posée !
Alors, pour expliquer un monde « désenchanté, nihiliste, déclinant et cependant théâtre d’une production extraordinaire et continûment renouvelée de choses, de marchandises et d’œuvres », le souffle du protestantisme apparaît donc un élément central de cohésion implicite.
Ce livre composé de longue haleine est d’une lecture aisée pour l’honnête homme dont les connaissances sont affirmées en matière d’art, de philosophie et d’Humanités. Il nous déloge de nos certitudes et nous propose un sérieux revival de notre héritage culturel.
Tout juste regretterons-nous l’absence d’une bibliographie charpentée de fin d’ouvrage. À déguster sans modération.
Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°223 de janvier-février 2016