L’ÉGLISE, PROMESSES ET PASSERELLES VERS L’INTERCULTURALITÉ ?

L’Église, promesseS et passerelles vers l’interculturalité ?
Sous la direction de F. de Coninck et J.-C. Girondin
Excelsis/Edifac, 2015, 180 p., 20 €

Cet ouvrage a été réalisé par neuf rédacteurs, la plupart évangéliques : pasteurs, sociologues, professeurs, originaires de divers pays ou ayant une solide expérience outre-mer. Trois grands chapitres abordent la question de l’organisation de l’interculturalité dans l’Église, de l’interculturel au loin à l’interculturel proche, et enfin la dimension interculturelle dans les rapports interpersonnels.
Le sujet est traité de façon à sensibiliser les lecteurs à l’intérêt que les Églises devraient porter à la question qui se pose actuellement avec l’extraordinaire diversité culturelle que nous sommes appelés à connaitre avec la mondialisation. Les questions interculturelles sont au cœur des Églises locales qui doivent s’adapter et tirer parti de cette richesse.
Marianne Guéroult dresse la typologie des Églises issues de l’immigration et fait le point sur leurs difficultés comme celle de trouver un lieu de culte. Les défis des Églises autochtones sont multiples, dont l’intégration.
La formation des pasteurs, parfois autoproclamée, est un problème à régler. Une des chances à saisir est la dynamique missiologique de ces Églises. Or l’Église des migrants est partie intégrante de l’Église du pays d’accueil.
L’interculturalité cache bien des pièges. Le passé colonial, les silences, les non-dits sont dus aux méconnaissances du vécu culturel des uns et des autres. Ce sont autant d’occasions d’échec parfaitement involontaires. L’analyse des identités en mutation est riche d’enseignement. L’on croyait être fraternel et l’on a heurté. La mondialisation ne provoque pas naturellement une uniformisation culturelle. Toutefois, si les identités culturelles constituent parfois des obstacles, elles peuvent devenir des ponts.
L’objectif : aller à la rencontre de l’autre afin de décrypter la culture qui nous est étrangère pour en dégager un projet d’Église répondant au caractère interculturel de la communauté.
Un chapitre fort utile traite la question des mariages interculturels. Les pièges que l’on rencontre dans l’accompagnement pastoral de ces couples sont finement analysés.
La culture dominante pollue l’intimité de l’échange véritable. Une domination diffuse peut très facilement s’exercer sous couvert de fraternité condescendante.
Placés parfois devant une inquiétante étrangeté du migrant, savoir comment accueillir l’autre selon ses us et coutumes nous contraint à nous demander comment nous-mêmes aimerions être accueillis.
Pour clore cette étude, les enjeux théologiques et anthropologiques de l’interculturalité sont abordés. L’interculturel invite effectivement à repenser notre manière de vivre ensemble dans l’Église au niveau local et au niveau international.
Cet ouvrage a le mérite de mettre en évidence le rôle important que l’Église doit jouer en cette période qui exacerbe les clivages identitaires.
Compte-rendu d’Hugues Lehnebach paru dans la revue LibreSens n°222 de novembre-décembre 2015