Marie-Pierre Rey : 1814 - UN TSAR À PARIS

1814 - Un Tsar à Paris
Marie-Pierre Rey
Flammarion (Au fil de l'histoire), 2014, 330 p., 22 €

L'entrée d'Alexandre 1er à Paris au printemps 1814 à la tête de ses troupes a beaucoup obsédé la mémoire russo-soviétique depuis le XIXe siècle. Et de fait, l'auteure, ancienne élève de l'École Normale supérieure et professeur d'histoire russe à la Sorbonne, nous montre, à l'aide de nombreux documents russes et français que cette brève période du 31
mars au 2 juin eût été bien différente sans la personnalité et la détermination du tsar.
Après une féroce bataille et 15000 morts, c'est un moment capital pour l'histoire de la France et de l'Europe. En un temps record il obtient l'abdication de Napoléon le 6 avril, les signatures du traité de Fontainebleau le 11, de la convention d'armistice le 23, l'entrée du roi de France le 3 mai et enfin le 30 mai la signature du premier traité de Paris où la France est relativement épargnée grâce à son intervention. Alexandre est arrivé à la tête de la coalition européenne mais malgré les ravages de la Grande Armée en Russie en 1812, il ne cherche pas à se venger des Français ; il désire seulement le départ de « l'ogre corse ». C'est un homme amoureux de la France et des Français, épris des Lumières que lui a enseignées son maître le Français La Harpe et « c'est bien sous le sceau de la clémence et de la paix qu'Alexandre s'efforce de placer son séjour parisien ».
 La France a désormais un nouveau régime mais il a dû intervenir avec Talleyrand pour obtenir des Bourbons une Charte constitutionnelle pas aussi libérale qu'ils l'auraient souhaitée mais garantissant tout de même à la population un certain nombre de droits politiques et de libertés. La France n'en est pas moins réduite à ses dimensions de 1795.
 Les Cosaques du régiment de la garde impériale, précédés d'une affreuse réputation, gagnent bien vite les suffrages des Parisiens par leur gentillesse voire leur naïveté. Les jeunes officiers russes, dont beaucoup parlent le français, sont fascinés par la capitale et pendant les huit semaines de leur séjour ils visitent musées, théâtres, bibliothèques et jardins. Certains sont influencés par les idées libérales et démocratiques et seront à l'origine du complot de décembre 1825. Des amitiés, des idylles se nouent... plusieurs milliers d'hommes de troupe désertent ; leur main-d'œuvre sera très appréciée dans les campagnes.
L'auteure a magistralement démontré à l'aide d'une abondante bibliographie, de sources, de notes et de photos, que « la campagne de 1814 constitua donc de part et d'autre une aventure militaire et diplomatique autant que sociétale et culturelle ».
Compte-rendu de Simone Gellibert, paru dans la revue LibreSens n°220 de juillet-août 2015